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We’re pretty fuckin’ far from okay – Lisbeth Gruwez

We’re pretty fuckin’ far from okay - Lisbeth GruwezTroisième volet d’un triptyque sur le corps extatique, We’re pretty fuckin’ far from okay est un duo qui explore les effets physiques de la peur. La chorégraphe Lisbeth Gruwez et l’artiste sonore Maarten Van Cauwenberghe tire tout leur partie des frissons et tremblements pour un spectacle à la respiration haletante.

Souffle court

Au centre de la scène, deux chaises et dessus face public Lisbeth Gruwez et Wannes Labath. Les danseurs ne se regardent pas, renfermés sur eux-mêmes. Comme si la chaise était clouée au sol et qu’ils y étaient ligotés, leurs mouvements sont entravés, désespérés. Le travail sur le souffle ajoute une dimension sonore à cette oppression. Par accumulation, les halètements, les hoquettements deviennent pesant, à la limite du supportable. ils révèlent l’indéfinissable de l’angoisse. La peur, dont il est question ici, est diffuse et se manifeste par des infrabasses, une lumière expressionniste. Elle est sans cause mais ses effets peuvent être spectaculaires et le spectacle entreprend de faire le catalogue de ces réactions, de faire l’illustration de cet état de corps.

Lutte instinctive

We’re pretty fuckin’ far from okay - Lisbeth GruwezLes deux corps apeurés s’attirent et se repoussent, par solidarité ou par crainte. On ne sait pas si l’autre est un ami ou un ennemi. Les instincts parlent et les danseurs en viennent aux mains, à s’empoigner l’un l’autre et à se faire tomber et à se redresser mutuellement. La peur est irrationnelle et l’exploration que propose Lisbeth Gruwez est sur le fil de la folie. Si un toc peut créer un malaise dans une discussion, la transe qui s’empare des danseurs a quelque chose de sidérant. La scène comme une cellule renvoie à un enfermement psychiatrique ou carcéral sans échappatoire. Il y a quelque chose de brut dans We’re pretty fucking far from okay, un cri étonnamment contenu. Un engagement émotionnel mais sans explosion de voix.

Oppression de l’ombre

En fond de scène, les murs se rapprochent et condamnent les néons. La lumière suggère des espaces pour mieux les réduire ; elle a quelque chose d’un piège pour les danseurs et le public. Après avoir abordé le rapport du corps à la parole par le biais de l’orateur ou même le rapport du corps au rire, Lisbeth Gruwez cherche à définir cette fois l’état de la peur en partant de manifestations minimales qu’elle accumule jusqu’au paroxysme. Un peu systématique, les enchainements s’apparentent parfois à un exercice de style mais assez rythmé pour ne jamais paraître lourd. En faisant de la transe une démonstration la chorégraphe atteint un état-limite; en cherchant à répondre à un propos elle trousse une pièce efficace mais sans nuances.

We’re pretty fuckin’ far from okay
Conception et chorégraphie: Lisbeth Gruwez
Avec Lisbeth Gruwez, Wannes Labath
Composition, son et assistanat: Maarten Van Cauwenberghe
Dramaturgie: Bart Van den Eynde
Répétiteur : Lucius Romeo-Fromm
Lumières : Harry Cole et Caroline Mathieu
Direction technique : Thomas Glorieux
Scénographie : Marie Szersnovicz, Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe
Costumes: Alexandra Sebbar
Crédit photos: Leif Firnhaber

Vu au Théâtre de la Bastille

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