Théâtrorama

Lever de rideau pour l’Opéra national de Paris côté danse, qui débute sa saison avec Pina Bausch et accueille le Tanztheater Wuppertal pour six représentations de Two Cigarettes in the Dark, du 1er au 7 septembre 2014.

Tout début de l’année 1985, première semaine de répétition d’une pièce qui restera longtemps sans titre. Comme souvent, les premiers gestes de Pina Bausch passent par la parole et le questionnement. Très vite, elle mêle à la patience d’un mouvement à naître l’urgence d’une affliction ; le pas sera, devra être, violent, comme enfanté par le coup de bâton d’un Guignol universel. Très vite également, Pina demande que tout soit simple, que tout soit aussi léger qu’un vol d’oiseau. Comme un baiser avant d’être échangé, comme toutes les tentatives du quotidien qui passent presque inaperçues. Réduits a minima, les mouvements de la future pièce s’inscrivent dans une dualité élémentaire : marcher, courir, s’arrêter, sauter, chuter, se tenir proche, s’écarter, puis chanter comme se poignarder, et se taire comme une ultime défense.

Sur une scène blanche immaculée, une femme invite le public à rompre sa solitude. Son mari est parti pour la guerre et elle s’apprête à danser, puis à quitter scène à grands fracas. Premières notes qui détermineront l’ensemble de la chorégraphie : Pina ne cesse de chercher et de se résigner dans un même temps.

Ils seront onze au total, onze acteurs-danseurs à placer chacun de leurs gestes sous le signe commun d’un espoir et d’une détresse, sur un plancher stérile qui pourrait ressembler à une terre inhospitalière, à une arène s’ouvrant sur des luttes intestinales, bestiales, profondément humaines, à moins qu’il ne soit que le reflet de leur propre espace intérieur.

Autour d’eux, on scande du Brecht et on se dit « adieu » aux airs de Bing Crosby. Le ciel, aussi frêle qu’un corps, varie quant à lui aux accents contrariés de Monteverdi, Beethoven ou Ravel. La pièce avance par fragments, cache autant qu’elle dévoile, navigue entre vide et plein. Comme la couleur nuancée d’une fumée de cigarette en train de se consumer : Two Cigarettes in the Dark ou le gris éclatant et principiel de Pina Bausch.

Two Cigarettes in the Dark, Pina Bausch
Opéra national de Paris (palais Garnier)
Du 1er au 7 septembre 2014
Site web

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