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Torobaka : syncrétisme artistique

L’éternité dure le temps d’une étreinte en mouvement. Dans Torobaka, l’instant se fait sacré pour toucher le sublime, dans un accord qui joue sur les dissonances pour trouver l’harmonie.

La confrontation aurait pu mener au combat des chefs, comme le laissait présager la mise en scène. Un cercle de lumière en arène qui attend sa corrida, du taureau hispanique à la vache indienne. Akram Khan et Israel Galván, les deux monstres sacrés se cherchent, se toisent et se narguent les premières minutes, en parodie d’une battle de rue où chacun tente d’imposer sa loi à la force de l’originalité des figures. L’affrontement tourne à l’ironie. La guerre des rois n’aura pas lieu. A la place, le spectateur, suspendu aux mouvements des maîtres enchanteurs, assiste à un dialogue dansé comme une réunion au sommet.

Racines communes

TorobakaSi la danse est un langage universel, le kathak et le flamenco sont deux dialectes très proches qui puisent leur origine à la même source de l’Inde. L’un est plus spirituel et s’adresse aux Dieux, l’autre plus terrien dans l’expression de la passion. Mais les deux tirent leur énergie des pieds qui jouent les instruments de percussion, avec des grelots attachés aux chevilles pour le kathak ou des chaussures ferrées pour le flamenco. La conversation dansée, loin de rester dans un particularisme ou un individualisme conféré par la technicité impeccable de ces deux chefs de file, parvient à un véritable échange où chacun se place dans la peau de l’autre pour mieux ressentir les points de convergence et s’amuser des différences. La danse se mue en culte qui transcende les genres. Les danseurs deviennent des ascètes qui utilisent un ciment culturel commun pour construire une chorégraphie traversée d’un souffle spirituel puissant. Souffle entretenu comme un feu sacré par la musique et les voix profondes de David Azurza, BC Manjunath, Bobote et Christine Leboutte, qui se mêlent et se confondent dans une union presque mystique.

Plus qu’un duel qui mesure le degré technique des danseurs, le public savoure un duo qui s’enrichit des mouvements de l’autre pour créer une langue nouvelle. Le cercle n’est pas un lieu clos qui limite l’horizon, mais un espace ouvert qui permet d’offrir une perspective élargie au danseur qui en sort. Les solos se transforment en expérimentations, où les artistes n’hésitent pas à se moquer d’eux-mêmes dans leurs propres stéréotypes et à taquiner l’autre pour donner encore davantage de relief à la danse. Les grelots et les chaussures deviennent des symboles détournés. Israel Galván fait résonner le collier sonore de ses bottes en dansant dans ce cercle concentrique. Akram Khan chausse des bottines à ses mains pour frapper le sol. Les chanteurs et musiciens participent joyeusement à cette cascade de fantaisie qui passe d’une pirouette à une autre pour finir en spirale qui flirte avec l’infini.

Torobaka
Créé et interprété par Israel Galván and Akram Khan
Musique arrangée et interprétée par David Azurza, Bobote, Christine Leboutte, B C Manjunath
Création lumières : Michael Hulls
Costumes : Kimie Nakano
Son : Pedro León
Crédit photo: Jean-Louis Fernandez
Vu au Théâtre de la Ville 

Du 7 au 9 avril au Grand Théâtre de Provence

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