Théâtrorama

Speak low if you speak love

L’amour ne se traduit pas en mots mais en danse dans un langage tendrement torturé…

Les créations de Wim Vandekeybus font toujours l’effet d’électrochocs qui réaniment le spectacle vivant. Une onde puissante dont on capte l’essence en décortiquant le titre : Speak low if you speak love. Volupté des vocables qui coulent de source dans une fluidité parfaite et viennent buter sur des consonnes d’attaque. L’amour n’est pas un long fleuve tranquille dans la langue d’Ultima Vez mais un torrent d’émotions mouvantes…

3616575L’amour est insaisissable… Essayer de l’attraper le rend encore plus volatil. Un homme s’avance sur scène pour lancer une corde au hasard dans le public, comme une pêche à la mouche où le leurre ne parvient pas à ferrer le poisson. Le poisson spectateur qui frétille d’impatience dans le noir de la salle a d’ailleurs un peu peur de se faire prendre au piège. En revanche, il ne résiste pas à la voix jazzy d’une plantureuse sirène qui s’appelle Tutu Puoane. La chanteuse sud africaine va guider les danseurs, dont les visages sont emmaillotés d’un voile opaque les transformant en spectres du monde des ombres qui errent dans l’espace, se frôlent et s’affrontent.

Retour aux origines. Nous sommes plongés dans le mythe, dans une énergie brute primitive où les corps ont la parole dans une pulsion de vie qui pousse aux mouvements. Le désir est un électron libre qui mène la danse et projette les corps les uns vers les autres. Il est à la fois créateur en transcendant l’instant en poésie de l’infini, mais Thanatos n’est jamais loin et le pouvoir destructeur du désir mène à une recomposition perpétuelle de l’espace, comme ce cercueil en kit que les danseurs s’amusent à monter en jeu de construction. Les tableaux s’enchaînent au rythme puissant de la musique live de Mauro Pawlowski, qui résonne dans l’espace en coup de foudre menant au chaos électrique. Parler doucement quand on parle d’amour entraine sur le terrain des sensations fortes.

L’instant est dans l’instinct

Le vertige de l’amour est la voie royale vers le gouffre… On passe du sublime à la décadence, par ces corps en overdose de torsions et de tremblements qui voltigent dans l’air en trompant la pesanteur du vide. Speak low if you speak love nous happe dans son tourbillon de sensations. Les histoires d’amour se muent en récits mythologiques où le charnel règne en maître dans une polarité masculin/féminin qui dépasse les frontières habituelles. La force physique et l’instinct guerrier ne sont pas l’apanage des hommes. Derrière leur fragilité et leur soumission apparente, les femmes se révoltent, se vengent, violentent et tuent. L’humour des situations, glissé en notes subtiles, crée des pauses salvatrices pour reprendre son souffle dans ce maelström d’émotions. Wim Vandekeybus pousse le corps dans ses limites comme une corde tendue pour mieux vibrer et porter l’amour à son paroxysme.

Speak low if you speak love
Mise en scène, chorégraphie, scénographie Wim Vandekeybus
Créé avec & interprété par Jamil Attar, Livia Balazova, Chloé Beillevaire, David Ledger, Tomislav English, Nuhacet Guerra Segura, Sandra Geco Mercky, Maria Kolegova
Musique originale (live) Mauro Pawlowski, Elko Blijweert, Jeroen Stevens, Tutu Puoane
Assistante artistique & dramaturge Greet Van Poeck
Assistants movement Iñaki Azpillaga, Máté Mészáros
Styling Isabelle Lhoas, assistée par Isabelle De Cannière
Création lumière : Davy Deschepper, Wim Vandekeybus
Création son : Bram Moriau, Antoine Delagoutte
Crédit photo: Danny Willems

Du 05 au 09 avril au Festival 100 % à La Villette 

 

 

 

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