Théâtrorama

Sombreros

Sans l’ombre d’un soupçon…

Les corps préfèrent être mis en lumière et c’est pourtant les ombres qui prennent la vedette dans le dernier spectacle de Philippe Decouflé.

Un patchwork poétique où s’enchevêtrent toutes les formes d’art vivant, mouvant et émouvant. L’histoire de départ est comme un lapin sorti du sombrero du magicien qui déballe toute sa panoplie de féerie. Les ombres se déchaînent. Quelles soient chinoises ou qu’elles s’exposent sous un soleil mexicain, les ombres jouent avec la lumière quand ce ne sont pas les danseurs qui batifolent avec elles et les comédiens qui la découpent en tranche de mots…


« Mais au fait, on dit un ombre ou une ombre ? Il ou elle ? Mon ombre : il, ou mon ombre : elle ? ». Le ton est donné, les ombres sont lancées et ne s’arrêtent plus, dans un tourbillon d’images et de chorégraphies qui se marient comme le cinéma flirte amoureusement avec le théâtre. Les ombres vont avec tout et se mêlent avec malice aux illusions d’optiques. Chaque tableau aborde un thème comme une scène de film où l’ombre est le personnage principal. Les danseurs, comédiens et musiciens sont là pour lui donner la réplique. Elle peut se coller aux pieds des danseurs tout en leur faisant un pied de nez pour prendre son indépendance. Elle peut se retourner contre sa silhouette ou disparaître comme par magie, se faire plus mutine au moment des embrassades où elle se fond avec délice dans la lumière ou envahir l’espace comme une menace. L’ombre est reine. L’ombre est lumineuse.

Jeu d’ombres et de lumières
Sombreros est sobrement classé dans les spectacles de danse. Les ombres se sentent un peu à l’étroit avec cette étiquette collée tant la fantaisie et l’univers délirant de Decouflé ravissent des yeux qui ne savent plus où donner du regard. Sombreros n’est pas qu’une perfection de précisions où les danseurs se font comédiens, et les comédiens se font danseurs. Objet hybride complètement identifié, cette pièce expérimentale mêle savamment danse, théâtre, bande dessinée, cinéma et cirque. Les mots, issus du texte de Claude Ponti, jonglent avec un humour habile dans la bouche de maîtres de cérémonie déjantés, Christophe Salengro et Aurélia Petit, qui déroulent le fil de l’histoire (quand François cherche à rencontrer Françoise, son âme sœur qui reste dans l’ombre) jusqu’à rembobiner la pelote. Les images projetées sur la scène plongent le public dans un cinéma paradisio, bercé par la musique éclectique de Brian Eno et Sébastien Libolt, joué par un orchestre qui se mêle parfois aux danseurs. Sombreros renoue avec nos jeux d’enfants et se savoure comme un bonbon coloré qui picote. En ressortant de la salle, votre ombre aura pris du galon sans pour autant attraper la grosse tête.

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Sombreros
De Philippe Decouflé
Montée par Philippe Decouflé
Avec Sébastien Libolt , Clémence Galliard , Nathalie Hauwelle , Leïla Pasquier , Christophe Salengro , Yannick Jory , Aurélia Petit , Olivier Simola , Christophe Waksmann , Alexandra Naudet
Création musicale : Brian Eno et Sébastien Libolt
Textes de Claude Ponti
Lumières de Patrice Besombes assisté de Begoña Garcia Navas
Création d’images : Olivier Simola, Christophe Waksmann, Laurent Radanovic, Roméo Ricard, Dominique Willoughby.

Théâtre de Chaillot, 1, Place du Trocadéro, 75016 Paris
Jusqu’au 13 décembre, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h
Location au 01 53 65 30 00[/slider]

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  1. Joliment écrit, voilà pour ma part ce que ce spectacle m’a inspiré :
    Sombreros et sombres héros, où ces ombres de danseurs et acteurs évoluent tout en couleurs.
    Sombreros, un spectacle hybride mêlant danse, savants jeux de lumière, vidéo et théâtre. Le texte servi par des comédiens drôles et dansants apporte une dimension humoristique, comme si le verbe permettait au corps de se dire autrement, de se rire en mouvement.
    Des mots ponctuant de longues phrases dansées, comme autant d’éléments révélant l’inspiration de la composition chorégraphique de ce magnifique auteur qu’est Philippe Découflé, dont on retrouve la multiplicité des influences.
    Les tableaux qui se succèdent ont chacun une identité forte et nous font voyager dans un univers intimement lié à l’OMBRE sous toutes ses formes.
    On sent aussi l’influence du cinéma, de Sergio Leone à Jacques Tati en passant le cinéma muet, mais aussi celle d’ Etienne-Jules Marey.
    Il faut saluer le travail de précision de chacun des danseurs, acteurs, musiciens et techniciens images dont la virtuosité rendent la magie de l’illusion poétique possible. On est sans cesse surpris et conquis.

    magaelle / Répondre
  2. Un des plus jolis spectacle de danse du moment sur Paris. C’est fin, drôle, féérique à regarder. Facile de retrouver son âme d’enfants…

    Maya / Répondre

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