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Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis

Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-DenisIls viennent d’Iran, de Corée du Sud, du Japon, du Brésil ou de l’Irlande pour présenter leurs solos au Colombier de Bagnolet. Les soirées partagées des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis sont l’occasion de voir ailleurs ce qui se danse aujourd’hui. Tour d’horizon…

L’Iran au détour de la tradition

Prelude to Persian Mysteries a quasiment valeur de manifeste pour le collectif iranien MaHa. À travers ce solo de neuf minutes, Sina Saberi nous initie à la musique perse traditionnelle dans de captivants tours sur lui-même. Dans la pénombre, à la lumière d’une bougie, sa performance a quelque chose de spirituel, ancrée dans la tradition zoroastrienne des derviches tourneurs. MaHa renoue par le mouvement avec tout un passé occulté par la révolution iranienne pour imaginer un nouveau rapport au corps dans la société. Avec SHEKARPAREH,un mot qui désigne une friandise si douce qu’elle en devient écœurante, Mitra Ziaee Kia, elle, livre une danse du voile où l’érotisme cède la place à l’oppression. Le corps dans sa parure, dans sa prison paraît : il est encore manifeste politique et chorégraphique.

MaHa/ Mitra Ziaee Kia, SHEKARPAREH [Sugar Candy]
Conception, Interprétation : Mitra Ziaee Kia
Musique : Farbod Maeen
Costumes : Reza Nadimi
Visuels : Ramin Bahadori
Lumières : Ali Kouzehgar

MaHa/ Sina Saberi, Prelude to Persian Mysteries
Conception, Interprétation : Sina Saberi
Musique : Ali Akbar Moradi, Keyhan Kalhor, Farbod Maeen
Costumes : Reza Nadimi

Une révélation venue d’Irlande

Ce fut comme une apparition : Oona Doherty face public en jogging, t-shirt blanc et chaîne en or. Malgré son profil de danseuse des rues, sa dégaine hip hop, on ne peut la réduire à un cliché et en huit minutes, elle fait s’envoler bien des certitudes. La chorégraphe irlandaise mêle les influences pour mieux questionner ce qui fait nos identités à commencer par la bande son superpose musique religieuse, dont le Miserere d’Allegri aux paroles d’un documentaire sur les quartiers chauds de Belfast. Dans un moment de voguing, la danseuse reprend non pas les mouvements de mannequins vus dans des magazines mais ceux de la Vierge, des Saints et des martyrs. Ces moments comme offrande poétique, spirituelle et politique nous permettent de voir plus loin, au-delà de nos peurs et stéréotype et de transfigurer la violence.

Lazarus and the Birds of Paradise
Chorégraphie, Interprétation : Oona Doherty
Lumières : Simon Bird

Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis
© Oona Doherty – Simon Graham

La Corée ou le passage éclair

La lumière frappe le sol comme des éclairs tandis que Ji Yeon Yang est étendue sur la scène. Les fulgurances des projecteurs et de la musique dessinent les contours d’un monde chaotique. L’humain est peu de chose, série de mouvements et de gestes décousus comme autant de tentatives pour se mettre debout. La danseuse et chorégraphe coréenne arrive en rampant, elle est la vie qui trouve son chemin dans le désordre. Forme indiscernable recroquevillé en position fœtale, elle se redresse jusqu’à ne plus toucher vraiment toucher terre par le saut ou par la course. Elle file, Météor de 15 minutes, sans s’avouer vaincue après être revenue au sol. Après être née sous nous yeux, s’être tenue debout, elle peut bien tomber, le spectateur connaît la suite de ce cycle de la vie.

Météor
Chorégraphie, Interprétation : Ji Yeon Yang
Compositeur : Hyeong Min Kim

Les contorsions d’une danseuse japonaise

C’est un corps sans début ni fin. Ni homme, ni femme, dans son costume qui brouille les chairs Ruri Mito semble, dans la pénombre orangée, venue d’un autre monde. Elle ne se tient jamais debout et pendant les dix-sept minutes de ce spectacle enchaîne les positions a priori insupportables sur une musique stridente. Véritable contorsionniste, elle défie l’équilibre dans un jeu permanent avec l’espace et son propre corps. “Matou” est en japonais un verbe d’action qui veut aussi bien dire porter, se frotter, rouler, s’enrouler. À travers cette chorégraphie organique, on saisit un corps toujours en mouvement comme en pleine mue. Ces fragments physiques gardent le mystère, ces mouvements déstructurés fascinent : on ne peut s’empêcher de regarder jusqu’où peut mener la danse.

Matou
Chorégraphie, Interprétation : Ruri Mito
Lumières : Akiyo Kushida
Costumes : Tomoko Inamura
Musique : Yuta Kumachi
Assistants : Lena Hashimoto, Eri Watanabe

Le Brésil – en passant par toutes les couleurs

Vania Vaneau, accompagnée par le musicien Simon Dijoud joue masques sur table. La lumière blanche est celle qui contient toutes les couleurs. Au commencement sur la scène, des éléments de costumes, des parures, des fleurs, des couronnes réparties en ligne que la danseuse essaye un par un comme pour s’approprier leurs pouvoirs. Elle accumule peu à peu les accessoires jusqu’à devenir invisible, cachés par la variété des motifs des tissus très “optiques”. En proie à un tremblement de tout le corps, la danseuse finit par accoucher de tous ses emprunts pour revenir à elle même. C’est un spectacle-processus en plusieurs étapes. Blanc est une quête de soi qui passe par la transe et la couleur, les pigments de la peau, l’encre que l’on ne peut s’empêcher de baver et en arrière fond le climat brésilien entre ses racines africaines, ses rituels chamaniques et sa culture occidentale.

Blanc
Conception, Interprétation : Vania Vaneau
Guitare : Simon Dijoud
Assistant : Jordi Galí
Lumières : Johann Maheut

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