Théâtrorama

Le blues des sirènes

Sirènes, un conte écologique de Martin HarriagueDécouvrir la chorégraphie de Martin Harriague le lendemain du vote de la loi Alimentation colore sa vision d’une perception particulière… Sirènes n’est pas qu’un joli ballet océanique à la thématique gentiment écolo. La danse résonne ici comme une urgence face à une actualité environnementale bien engluée… Loin de se terminer en queue de poisson, le travail de ce jeune chorégraphe donne envie de s’embarquer dans son univers…

Bonne pêche

Martin Harriague avait fait sensation en 2016, en remportant le deuxième prix du jury de la première édition du concours de chorégraphes, organisée par le Ballet National de Bordeaux et le Malandain Ballet Biarritz. Il avait également reçu le prix des professionnels de la danse et celui du public. Sirènes est le fruit de son travail en résidence au Malandain Ballet Biarritz. Une chorégraphie inspirée et engagée qui laisse entrevoir le langage ciselé du chorégraphe…

Des sirènes presque aphones

On est loin du mythe du chant mélodieux des sirènes qui attirent irrésistiblement les matelots pour les séduire… et les mettre en boîte. Ici, ce sont les hommes qui donnent le tempo et les espèces marines qui subissent le contrecoup. Les ensorceleuses perdent de leur superbe et la féérie dévoile son côté obscur sous marée noire…

Si les poissons pouvaient danser…

Lumière en clair obscur qui plonge le spectateur dans l’irréel, la scénographie reste d’une simplicité efficace autour d’une voile noire de navire suspendue, qui se transforme en deux triangles de miroir, réfléchissant savamment les danseurs qui jouent avec le reflet comme un ressac argenté en mouvement. Les abysses se dessinent en tombeau, loin d’un bleu apaisant et tranquille.

La chorégraphie s’ouvre sur un homme se faisant littéralement plastifier (on récolte ce que l’on sème). De la surface, on passe aux profondeurs d’où sort de sous le miroir un banc de sirènes à la longue queue noire, le haut du corps enserré dans un filet transparent. Elles avancent, rampantes, dans un magnétisme sensuel qui crée un tableau puissant.

Mais il faut dire que si les costumes de Mieke Kockelkorn sont très réussis, il n’est pas forcément facile de se mouvoir avec une queue de poison. Esthétique, certes, mais qui limite considérablement le choix des mouvements. Heureusement, les danseurs enlèvent vite leur costume pour retrouver leurs pieds. Une belle énergie se dégage alors des danses de groupe à la gestuelle portant la marque de Malandain. Le public se laisse volontiers hypnotiser par ces créatures de la mer qui offrent un ballet où le désespoir côtoie l’agonie. Si l’articulation manque encore un peu de fluidité entre le message écologique et la danse, l’ensemble reste équilibré et cohérent pour apprécier Sirènes à sa juste valeur…

Sirènes
Chorégraphie, décor et lumières : Martin Harriague
Assistante chorégraphique : Shani Cohen
Danseurs du Malandain Ballet Biarritz
Costumes : Mieke Kockelkorn
Réalisation costumes : Véronique Murrat, Nelly Geyres, Charlotte Margnoux
Réalisation accessoires : Annie Onchalo
Conception décor : Frédéric Vadé
Musique: Antonio Vivaldi, Arcangelo Corelli, Francesco Araia & Hermann Raupach
Durée : 40 minutes
Crédit photos : Olivier Houeix

Plus d’infos sur les dates à venir sur le site du Malandain Ballet Biarritz ou de Martin Harriague

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest