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Salt, de la Compagnie Fil d’Arena dansa-teatre

Salt, de la Compagnie Fil d’Arena dansa-teatreSalt décille… Une sortie de résidence en coup d’éclat, la Compagnie Fil d’Arena dansa-teatre a présenté au Carme teatre une chorégraphie coup de poing qui aborde un sujet que les sociétés occidentales préfèrent laisser sous le tapis : la migration des femmes, une population particulièrement vulnérable. Salt est le deuxième volet d’une trilogie commencée par la compagnie avec le spectacle « La Sal que ens ha partit ». Une œuvre en évolution se nourrissant de l’actualité et des réflexions d’un public à l’écoute. Le projet, soutenu activement par le Carme teatre, est parvenu à une maturation en acmé émotionnelle qui marque par la justesse de ses tableaux et interpelle en camouflet à l’indifférence.

Voyage chorégraphique

Créée en 2011 par Isabel Abril, Irene Ballester et Clara Crespo, puis rejoint par Roseta Plasencia, la Compagnie Fil d’Arena dansa-teatre entre dans l’arène de l’engagement et propose un travail artistique transversal, enrichi des horizons multiculturels de chacune des danseuses – chorégraphes. Salt impose une vision sans faux semblant qui réveille les consciences en sursaut face à ses vies en suspens. Un focus en clichés presque photographiques mêlant les symboles aux mots. L’errance devient un parcours piégé pour ces réfugiées réifiées qui se heurtent à une société mercantile où le corps devient un objet à vendre comme les autres. Exploitées, ballotées tels des baluchons sans valeur, vidées de leurs rêves comme des animaux éviscérés à l’abattoir, Salt frappe au cœur.

Femme-objet sur le marché

Salt, de la Compagnie Fil d’Arena dansa-teatreLa chorégraphie s’ouvre sur un champ de sacs en plastique colorés, accessoires de vie indissociables de ceux qui transportent leur maison avec eux. Mais les sacs s’animent et les corps repliés en contorsion s’extirpent comme dans un tour de magie qui laisse apparaître trois femmes. Trois femmes en exil, encore vacillantes après un périple en kit, et qui se regonflent vite d’espoir sur ce nouveau continent les faisant pourtant rapidement rechanceler. Elles les scandent ces espoirs, ces attentes d’une vie en devenir. Des mots jetés à tour de rôle pareillement à des rêves se précipitant dans le vide jusqu’à se fracasser contre la réalité. Car bientôt, le bruit de roulis d’un bateau en pleine tempête les rattrape. Elles recommencent à tanguer, à perdre l’équilibre. Elles s’accrochent les unes aux autres dans l’urgence d’une étreinte rassurante, mais tellement précaire.

Les scènes s’enchaînent à la manière d’instantanés pris sur le vif, des tranches d’existence dépiautées comme du gibier. Corps écartelés, malmenés, poussés à l’extrême, Salt devient une performance magistralement interprétée par la puissance physique et la sensibilité inspirée d’Isabel Abril, Irene Ballester et Roseta Plasencia. Les images imprègnent leurs messages plus efficacement que les paroles, face à une déshumanisation progressive où la femme devient littéralement une vache à lait que l’on trait sur scène, où une autre se mue en mannequin trimballée sans douceur pour être empaquetée dans un carton. La chorégraphie saisit le public suspendu aux pas de ce trio qui renvoie le reflet d’une société moderne en mal d’empathie. Puissant et dérangeant, Salt fait partie de ces œuvres qui cheminent longtemps en tête et à qui l’on promet un bel avenir.

Salt
Chorégraphie : Compagnie Fil d’Arena dansa-teatre
Avec Isabel Abril, Irene Ballester et Roseta Plasencia

Vu au Carme teatre

 

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