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Rule of Three – Festival d’automne

Rule of Three, la formule magique de Jan Martens ? Un titre comme The Rule of Three a forcément valeur de programme. Pour le chorégraphe Jan Martens la règle de trois c’est autant de danseurs et de tableaux pour un exercice de style rhétorique et mathématique. Un pari formel et énergique pour les interprètes.

Une danse en trois temps

Les murs du théâtre vibrent avec la musique réalisée en direct sur le plateau. Rule of Three commence dans un travail immersif du son, de la lumière et du corps. Aux courtes séquences sonores de NAH répondent des jeux de lumières et de couleurs et bien sûr les mouvements des danseurs. De la même façon que le compositeur travaille ses ambiances par la répétition et l’accumulation de sons Jan Martens use d’un nombre de gestes réduit qu’il accumule et réagence en suivant le son. A partir de ce cadre mécanique les interprètes révèlent leur qualité, s’approprient une certaine liberté au travers de la contrainte qui va croissante selon les trois parties signifiées ici par des cartons de textes. En l’occurrence, les histoires courtes de Lydia Davis ressemblent à des tweets sans aider à appréhender le spectacle ; à la manière de pièces rapportées.

Figure de rhétorique

Chaque partie correspond à un changement de valeurs, de nouvelles règles, une nouvelle partition musicale, lumineuse et corporelle. Les costumes aux couleurs primaires, jogging bleu, jaune et rouge se font de plus en plus court, jusqu’à la nudité. Les danseurs qui prenaient soin de garder la distance dans la première partie, se frôlent peu à peu avant de finir par se toucher. Il y a une gradation dans le spectacle mais pas comme on l’entend classiquement. L’enchaînement chorégraphique culmine dans la deuxième partie qui est rythmiquement la plus forte et la plus intense et pourtant ce climax s’apparente moins à un final qu’à une mise en condition. Le spectateur doit suivre tout comme les danseurs des étapes, se mettre du moins par projection dans un état de corps.

Formule mathématique

La troisième partie s’apparente à un aboutissement alors même qu’elle est la plus calme. En sueur et déjà bien échauffé, les danseurs se rapprochent dans une mise à nu aussi littérale que symbolique. Dans le silence et la lumière tamisée du plateau, ils composent et recomposent différentes figures. Dans un soucis presque géométrique, en tous cas mathématique ils cherchent à épuiser les possibilités du nombre trois et multiplient les positions. En quinconce ou alignée, l’un debout, l’autre assis, la dernière allongée et réciproquement les interprètes multiplient les poses aux quatre coins du plateau pour littéralement meubler l’espace. Pour atteindre cette proximité, il faut des étapes. Rules of Three tient à l’alchimie entre les danseurs dont l’énergique Courtney May Robertson est l’étendard. Le chorégraphe impose les règles qui permettent aux danseurs de manifester ce qui échappe.

 

Rule of Three
Concept : Jan Martens
Avec : Steven Michel, Julien Josse, Courtney May Robertson
Musique live créée et interprétée par NAH
Avec des histoires courtes de Lydia Davis:
© Denise Shannon Literary Agency, Inc. Ecrire et Poils de chien de Histoire Réversible par Lydia Davis, trad. Anna Rabinovitch, Christian Bourgois editeur, 2016. Et soudain la peur de Kafka aux Fourneaux, par Lydia Davis, trad. Marie-Odile Fortier-Masek, Editions Phébus, Paris, 2009.
Costumes : Valérie Hellebaut
Lumières : Jan Fedinger
Technique : Michel Spang
Dramaturge, répétitrice : Greet Van Poeck
Crédit photos: Phile Deprez

Théâtre de la Ville – Vu à l’Espace Pierre Cardin dans le cadre du Festival d’Automne

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