Théâtrorama

À envisager ces pas et ces mouvements rudimentaires, ces pieds en dedans, ces arabesques et ces manèges inachevés, l’on pourrait se trouver tout autant désarmé qu’un public non initié face à une œuvre d’art contemporain. Les gestes se présentent incertains, et les expirations balbutiantes : le propos de Laurent Chétouane est ailleurs, loin de toute technicité, confiné dans tous ces réseaux qui se tisseraient presque inaperçus, entre un danseur et un autre, entre une danseuse et un lieu.

Laurent Chétouane a donné à ses deux pièces les initiales des prénoms de ses danseurs : « M!M » (Matthieu Burner et Mikael Marklund) à l’introduction, « R » (Roberta Mosca) à la conclusion d’un spectacle où l’unique interrogation se porte sur l’exploration, et l’exploitation, de l’espace par un corps mobile ou non. Comment s’inscrit ce corps et ses mouvements, en apparence pauvres, dans l’espace ? Ses deux pièces permettent de fournir deux réponses complémentaires : le repère essentiel se trouve dans la complicité qui naît d’un duo pour la première et dans l’écho du monde à chercher en soi pour la seconde.

La danse de Laurent Chétouane est une « main tendue » s’ouvrant sur un « main / tenant ». Il s’agit de faire et d’être ensemble, ici : le solo de Roberta Mosca est un « solo avec », et dans « M!M », les deux danseurs ne sont pas des sosies – dès le titre, il ne s’agit pas de les comparer, mais de les faire se rejoindre par un cri, ce point d’exclamation entre eux. Aussi chacun se garde-t-il de copier l’autre et tous les deux entament-ils une marche solitaire sur un sol commun, maintenant cette distance entre eux qui les empêchent de se confondre tout à fait. Comme une symphonie qui a besoin de ses différentes parties pour exister, ils font liens et rendent leurs liens infinis.

Danse confiante
Matthieu Burner et Mikael Marklund se tiennent dans des limites : ils pourraient, à tout instant, tomber ou se tromper, louper des accords, ne pas tendre suffisamment leurs membres, rater un tour ou un porté… ce qui importe est qu’ils fassent œuvre et qu’ils cherchent une balance entre eux et en propre. La danse de Laurent Chétouane est tout autant confiance qu’ouverture. Dans les deux pièces, le geste récurrent est celui d’un accueil, bras ouverts, qui maintient l’idée de conflit sous-jacente, dès lors que les parts d’affrontement se meuvent en tentatives de rapprochement.

À chaque fois, lorsque le corps s’engage, il le fait pour lui, vers l’autre et vers l’espace qu’il nourrit et qui le nourrit. Découvrant les éléments extérieurs, épousant la scène, les escaliers menant à la scène et vers la sortie, les réactions du public, Roberta Mosca apprend aussi à évaluer sa position dans l’espace et à composer avec les contraintes des lieux et de son propre corps, à flux tendus aux instants de convulsions, en recherche d’équilibre aux instants de compréhension. Il reste l’écoute à l’appel de ce qui vient de l’extérieur, et toutes ces forces nouvelles issues d’unions inédites, à renouveler.


M!M de Laurent Chétouane
Avec Matthieu Burner et Mikael Marklund
Musiques : Beethoven
et Solo with R / Perspective(s) de Laurent Chétouane et Roberta Mosca
Avec Roberta Mosca
Lumières pour les deux spectacles : Stefan Riccius
Crédit photo: Oliver Fantitsch
Au théâtre de la Bastille du 17 au 21 novembre 2014

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