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Le Roi Soleil de Robyn Orlin

Oh Louis, de Robyn OrlinRaccourcie dans la formule laconique “Oh Louis” qui peut tout autant évoquer l’étonnement, la déploration que la réprimande, l’intitulé du dernier projet de Robyn Orlin ne choisit pas, mais brasse large. Il faudrait ainsi pour reprendre ses mots imaginer Louis XIV aujourd’hui migrant de l’Afrique à l’Europe…

Tirer le portrait d’un roi

Au centre du gradin au premier rang, le trône et le roi qui accueille son public. L’entrée en salle rejoue la sociabilité des cours et celle du théâtre avec ce qu’il faut d’interpellation et de frissons pour assurer la main-mise du danseur sur le peuple. Robyn Orlin n’a rien moins choisi que l’étoile Benjamin Pech pour incarner son Louis XIV, judicieuse correspondance pour exercer à l’occasion quelques figures de baroque. Téléphone à la main, accessoire d’un théâtre contemporain qui transpose les symboles, le roi sème par un système de vidéo-projection son autoportrait à tout va. Un oeil nous regarde, puis c’est le profil qui nous dévisage et les autres spectateurs enfin ; dans le dispositif, le système de représentation et de surveillance établit un rapport avec la galerie des glaces de Versailles où il fallait connaître les pas pour participer au bal.

Réviser l’histoire de France

Volontiers hâbleur, Benjamin Pech est maître en son domaine mais peu crédible en monarque absolu. S’il occupe la scène par son autodérision et ses prises de parole c’est en façade.. Seigneur pris au piège de son rôle, il ne fait qu’obéir à la metteuse en scène, figure de l’ombre fréquemment invoqué comme deus ex machina. Le protocole selon lequel il joue avec ses sujets est établi d’avance, il se révèle dans les adresses du claveciniste Loris Barrucand. Antagoniste affiché, ce dernier est le fou capable de divertir et de recadrer l’acteur qui se laisse aller au cabotinage. Il est celui qui rappelle que le Grand siècle et les ors de Versailles reposait aussi sur le commerce triangulaire et le code noir qui régissait l’esclavage.

Embrasser large pour n’étreindre que le vent

Sous sa version longue, le titre Oh Louis We move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…” se fait plus lyrique et expressif. De la salle de bal au monde actuel il n’y a qu’un pas pour Robin Orlyn qui évoque le rayonnement du roi-soleil par des couvertures de survie. L’évocation du sort des migrants aujourd’hui hâtivement associé à celui de la traite négrière a quelque chose de superficiel. Les bribes du scénario que se raconte la chorégraphe peine à faire sens de l’extérieur. C’est entendu Louis XIV des siècles après son règne porterait un survêtement et sans doute prendrait-il la tête d’une société de divertissement mais le postulat de le faire revenir d’Afrique sans papiers si peu appuyé narrativement est pauvre, pour ne pas dire gratuit.

Que d’or, que d’or pourrait-on donc se dire en sortant de la salle. Malgré tous les efforts que déploie Benjamin Pech pour remuer les draperies, il n’étreint que le vent. La faute peut-être à une vision trop ambitieuse et au manque de chair, ces histoires justement au pluriel. Il nous faut donc, pour reprendre l’intitulé du spectacle, encore raconter nos histoires la nuit avant de pouvoir dormir.

 

Oh Louis We move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…
Un projet de : Robyn Orlin
Scénographie : Maciej Fiszer
Création lumière : Laïs Foulc
Création costumes : Olivier Bériot
Danse : Benjamin Pech
Musique : Loris Barrucand (clavecin)
Crédit photos: Studio Habeas Corpus

Vu au Théâtre de la Cité internationale

Repris au Théâtre de la ville du 15 au 19 février

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