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Noé, déluge dansé

Du mythe de Noé, le Malandain Ballet Biarritz en offre une lecture lumineuse, comme un retour aux sources purificateur, plutôt qu’une vision apocalyptique qui éradique l’humanité en raz-de-marée généralisé. Si les éléments se déchaînent, c’est pour mieux animer les danseurs d’un feu sacré, dans une fluidité du mouvement magnifié par la musique céleste de Rossini, tout en s’ancrant à la terre avec une énergie puisée dans les chorégraphies tribales. Noé en symbole d’un nouveau monde qui place le collectif au premier plan pour retrouver l’harmonie…

Noé, poésie du renouveau de Thierry Malandain

Danse tellurique

Si l’eau reste l’élément phare, avec une scénographie en camaïeu de bleu, tout ramène les hommes à la terre. Les costumes qui ressemblent aux habits de fêtes folkloriques, avant de céder la place à des justaucorps couleur chair marquant symboliquement une nudité originelle, participent à cette tendance et trouvent un accord parfait avec des chorégraphies d’inspiration orientale et africaine où l’énergie vient des pieds, qui n’hésitent pas à taper le sol comme une réalité échappant à la porosité. Danses ethniques vibrantes, où l’effet de groupe intensifie une force vitale qui s’exprime sans carcan, et qui tranchent avec les chorégraphies éthérées de classique, que l’on retrouvera, comme un deus ex machina, sous la forme d’un duo volatile. Magnifique Claire Lonchampt, en colombe gracieuse et non moins majestueux Hugo Layer, tout de noir vêtu pour incarner le corbeau de l’Arche, qui annoncent, dans leur pas de deux harmonieux et leurs traversées de scène succinctes, un espoir à venir…

Un rite de passage

Noé, poésie du renouveau de Thierry MalandainPas d’histoire réellement narrative ou de chorégraphie abstraite, Noé se lit davantage comme un rite d’initiation menant les derniers représentants de l’espèce humaine vers une nouvelle vie qui exige d’abandonner leurs oripeaux et de se mettre à nu pour une mue du corps et de l’esprit. Assis comme des candidats au voyage sur un banc, les heureux élus perdent leur individualité pour former un tout en parfaite symbiose, mimant les vagues et le ressac dans une synchronicité à l’unisson.

Quant à la la danse, elle devient un rituel à respecter, une incantation magique, qui se réalise en cercle parfois, et qui met en transe, dans un relâchement volontaire du corps qui se rapproche de la terre et d’une inclinaison de la tête sans maintien, propice à une ouverture spirituelle. Les traditionnels pas de deux à l’esthétique cousue de dentelle se transforment en danse de couples éphémères qui se testent et s’échangent sans ambages dans une liberté charnelle qui met la sensualité en veilleuse au profit d’une satisfaction des corps plus explicite. Quant à savoir si le nouveau monde sera plus réussi que l’ancien, la Messa di Gloria de Rossini ne sera peut-être pas suffisante pour résister à la pression d’un temps cyclique où l’espérance d’un nouveau départ s’estompe face à la mémoire du passé.

Noé
Ballet pour 22 danseurs
Musique Gioacchino Rossini – Messa di Gloria
Chorégraphie Thierry Malandain
Décor et costumes Jorge Gallardo
Conception lumière Francis Mannaert
Réalisation costumes Véronique Murat
Conception décor et accessoires Frédéric Vadé
Crédit photos: Olivier Houeix
Durée: 70 minutes

Vu à la Gare du Midi à Biarritz

Dates de tournée sur le site du Malandain Ballet Biarritz

 

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