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Dave St Pierre fait table au Tarmac

Dave St Pierre fait table au TarmacLoin d’être un vide, la dernière pièce de Dave St Pierre évoque plutôt l’idée d’un chaos primordial, foisonnant et complètement barré. Nouvelle étape dans l’œuvre et le parcours du chorégraphe protéiforme, Néant est une histoire de mort et de renaissance, une pièce sensible et curieusement intime.

Représentation extra-ordinaire

Bien avant d’entrer dans la salle, dans un retard soigneusement chorégraphié, le spectacle commence. Un personnage nu dans une housse en plastique attire l’attention, l’un des avatars de Dave St Pierre déjà vu dans un de ses précédents spectacles. Spectateur presque comme les autres, puisqu’il prend place avec le public dans les gradins ce personnage emperruqué bouleverse les conventions. Sa voix haut perché nous interpelle sur les usages du théâtre ; de l’entrée en salle au salut, il ne faut pas s’attendre à une représentation ordinaire. Faut-il applaudir, répondre au prise à partie, monter sur la scène ? La spontanéité de certaines réactions est stupéfiante, on prend des selfies avec l’artiste, on se balance des ballons-pénis géants, on monte sur scène. Encouragé par Dave St Pierre et son va et vient entre le gradin et le plateau, la représentation de Néant remet en jeu avec humour nos habitudes de représentation.

Le créateur et sa créature

Dans une mise à distance ironique de son travail, Dave St Pierre évoque par le biais d’imitation ses influences comme Pina Bausch, d’Ana Teresa de Keersmaeker et d’Olivier Dubois mais ce sont surtout ses propres particularités qui sautent aux yeux. L’humour, le décalage, la liberté aussi. Seul en scène, le créateur et sa créature partagent un même corps, jouant d’une perruque pour se distinguer physiquement. Marionnette sans fil, le personnage exprime une vision critique et crée, sans pour autant le conforter, une proximité avec le spectateur. Sur le plateau, peu de choses, des biches gonflables, d’autres ballons qui évoquent des installations d’art contemporain, à cheval entre la danse et la performance, le créateur joue des limites pour se trouver lui même. Un exercice difficile.

L’intimité publique

Dave Saint Pierre apparaît lorsque le personnage sort de son cocon de plastique, enlève la perruque. Ce sont des formes de renaissance qui nécessite une certaine violence, la force de tuer le double. Il y a dans Néant l’idée d’une métamorphose. Aidé par la vidéo d’Alex Huot, sublimé par les effets de lumières d’Hubert Leduc-Villeneuve, le chorégraphe sait créer de puissantes images. Travaillant les effets de matières, le danseur qui doit paradoxalement prendre la pose et rester statique pour conserver la force de ses apparitions se révèle de plus en plus intime au fur et à mesure qu’il badine avec le public. Plus que la mise à nu, la nudité tellement évidente n’est pas le sujet, Dave St Pierre nous amène à sa suite dans une quête de l’intérieur. Une aventure grotesque et profonde à partir de laquelle il est possible de repartir de zéro. Le néant – transitoire.

 

Néant
Créateur, interprète Dave St-Pierre
Conception vidéo Alex Huot
Conception lumière Hubert Leduc-Villeneuve
Son, musique Stéfan Boucher
Œil extérieur et répétitrice Marie-Ève Carrière
Crédit photos: Alex Huot
Durée: 1h15

Vu au Tarmac

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