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Morphed – Chorégraphie de Tero Saarinen

Morphed
© Mikki Kunttu

Tero Saarinen et ses sept danseurs reprennent avec Morphed tous les codes du ballet moderne. En s’appropriant différentes compositions d’Esa-Pekka Salonen, ils conjuguent douceur et violence pour évoquer l’identité masculine et plus précisément selon le chorégraphe la crise de la quarantaine.

Le corps des hommes


Sept hommes vont et viennent sur la scène. Ils n’occupent au début par leurs allers et venues qu’un rectangle de lumière, marches de rues et mécanismes de passant. Tous habillés de la même manière, capuche relevé ils ne donnent au début qu’un seul visage à la masculinité. Décidée, énergique et à la limite de l’agressivité. Il suffit pourtant qu’un danseur tombe la veste, puis un autre pour que change la donne. Les individualités se révèlent par le travail de costume très intelligent. Ici un col de chemise, là une capuche de sweet, ou encore les emmanchures d’un débardeur ; un détail caractérise chacun des danseurs. Leurs corps même sont marqués par des pratiques différentes de la danse, l’un étant davantage dans la souplesse que l’autre habitué aux passages en force…

Théorie des cordes 


Quand le premier danseur cherche à sortir du rang, les autres réagissent et se rassemblent. Ils forment une chaîne pour le rattrapper, le confronter. Le rapport entre hommes, même dans le jeu, semble passer par le corps à corps, le conflit. Les cordes qui environnent le plateau, le réduisent et en même temps le prolongent dans un jeu d’ombre et de perspectives évoquent le ring. Quand un danseur se retrouve dans les cordes, comme une phase obligatoire, il est laissé à la marge. Symbolique ambivalente, les danseurs peuvent s’entraider ou se repousser jusqu’à pousser l’autre au désespoir. Phase obligatoire, cette traversée suscite résignation ou colère et les danseurs se débattent ou se replie : leurs mouvements individualisée schématisent un rapport complexe à la communauté.

Extrêmes variations


La musique cristallise ces rapports conflictuels, ces transitions sans ménagement entre la délicatesse et la brutalité. Le spectacle en ce sens parvient à donner aux partitions d’Esa-Pekka Salonen toute leur dimension physique et souligne les moments percussifs ou les attaques de cuivre. Le jeu minimal des lumières, s’il attire parfois trop l’attention, nous permets de nous concentrer sur ces moments de micro-rupture, ces suspensions et silences où les danseurs contiennent leurs gestes. Les trombones vibrent dans le noir avant que l’on ne surprennent les danseurs en pleine marche et le rideau arrête les mouvements de ces hommes suggérant un avant et un après. Morphed, sans trancher, présente une lutte contenue entre hommes où la camaraderie voisine avec le mal être, la solidarité avec l’isolement.

 

Morphed
Chorégraphie :Tero Saarinen
Avec : Ima Iduozee, Mikko Lampinen, Jarkko Lehmus, Pekka Louhio, Jussi Nousiainen, Heikki Vienola, Won Won-Myeong
Musique : Esa-Pekka Salonen
Lumières, scénographie Mikki Kunttu
Costumes : Teemu Muurimäki
Son : Marco Melchior
Assistanat à la chorégraphie : Henrikki Heikkilä, Satu Halttunen

Crédit photo: Darya Popova

Vu au Théâtre national de Chaillot

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