Théâtrorama

Après Vader, Moeder

Moeder, une création du Peeping Tom Moeder – Dans un musée aux cimaises grises sont exposées quelques mauvaises reproductions de toiles médiévales et les portraits style Studio Harcourt d’un jeune homme devenu vieux. Une salle installée comme un studio d’enregistrement radio, une autre pour une exposition que l’on ne voit pas, un orgue couvert d’une bâche plastique… voilà le décor de la dernière création du Peeping Tom, Moeder.

Une femme âgée, allongée dans un cercueil, gît pousse ses derniers râles, entourée d’une petite bande d’inconnus dans le studio radio. Cette image inaugurale est forte, poétique, bouleversante et d’une infinie tendresse. Comme tout le spectacle. Difficile à raconter, celui-ci embarquera le spectateur dans une suite de tableaux qui s’enchaînent sans répit, mais avec une structure dramaturgique d’une grande tenue. Il tend à ne pas se laisser raconter, mais évoquer. On ne nous raconte pas une histoire mais on y évoque des états de maternité, des liens à des figures maternelles parfois aliénées, souvent violentes, quelques fois tendres mais toujours marquantes.

Moeder – Histoire de maternité

Moeder, une création du Peeping Tom

Une femme se jette au sol, s’y frotte, s’en relève. Derrière la vitre du studio radio, une autre jeune femme, à la manière du cinéma, la bruite. C’est le bruit de l’eau qui coule, dégoutte, bouillonne. Bruit et geste se répondent, et c’est alors à une noyade désirée puis évitée, retardée que l’on assiste. L’image imprime la rétine du spectateur, tend elle va chercher au plus loin de nos sensations, celle du bain utérin, de cette eau qui désaltère, nourrit mais tue aussi, comme l’explique Gaston Bachelard. D’autres images nous poursuivent longtemps après avoir quitté la salle Prince Pierre du Grimaldi Forum comme : ce pas de deux sur pointe mais sans chaussons, cette petite fille de sept ans toujours enfermée dans sa couveuse de prématurée, ou encore l’hilarant convoi funéraire…d’une machine à café.

Peeping Tom montre, une fois de plus, que rires et émotions fortes, dénonciations des violences faîtes au corps des femmes et chutes à la Keaton, savent dialoguer sur scène. Cette petite humanité, en proie à la solitude, aux peurs, aux coups ne résistent que parce qu’ils sont ensemble. Et ce musée, si pauvre, si triste, ne vit que parce que d’aucun-e-s croient, comme les interprètes de Moeder, encore aux pouvoirs de l’art et de la communauté, et c’est tant mieux !

Moeder
Compagnie Peeping Tom
Concept et mise en scène : Gabriela Carrizo
Aide à la mise en scène et dramaturgie: Franck Chartier
Création & interprétation: Eurudike De Beul, Maria Carolina Vieira, Marie Gyselbrecht, Brandon Lagaert, Hun-Mok Jung, Yi-Chun Liu, Simon Versnel, Charlotte Clamens
Crédit photo : Herman Sorgeloos

Vu au Monaco Dance Forum
Date de tournée sur le site de Peeping Tom

 

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