Théâtrorama

Maud Le Pladec, performance vrombissante

La danse est une pratique à risque et Maud Le Pladec sur scène avec Moto cross en est pleinement consciente. Dans ce solo autobiographique, la chorégraphe se dévoile intime en même temps qu’elle livre un spectacle engagé aux échos générationnels.

Au centre de la salle, un carré suspendu, blanc, un podium sur lequel se tient seule Maud Le Pladec. Le public se fait face de part et d’autre du ring. Dans cette réunion autour de la danseuse, quelque chose de populaire. Nous entrons ensemble dans le monde de la nuit et des raves. Dans un coin de la salle, le DJ Julien Tiné oeuvre discrètement ; entre live et enregistrement, il organise le mariage de la french touch et de l’électro-pop. La musique électronique a quelque chose de contagieux. Si la performance de la chorégraphe impressionne, elle nous invite aussi à nous projeter sur la piste. Le jeu de lumière très subtil met autant en valeur la danseuse qu’elle nous invite à la rejoindre sur cette scène presque vide.

Maud Le Pladec, Moto-Cross

Harder, better, faster, stronger…

La danse est liée à l’air du temps, la musique que l’on écoute, les espoirs que l’on projette, la réalité que l’on cherche à fuir. Maud Le Pladec parle de la guerre, de l’amour et des années 1980. Les fêtes d’alors sont électriques, électroniques. Bye les galères, le titre de Bibi Flash donne le ton ; danser est en temps de crise la seule échappatoire. Crise d’hier et d’aujourd’hui, le spectacle sonne étrangement contemporain; le développement d’Internet nous rend plus proche des dérèglements du monde. Espace cathartique et possibilité de communion. Avec Harder, Better, Faster, Stronger Daft Punk signent la devise d’une époque où il faut consommer, produire et vivre toujours plus intensément. Faut-il suivre et tenir le rythme ? Nous en sommes encore là ; la musique déplace les foules.

Maud Le Pladec

Maud Le Pladec – Je danse encore

En combinaison de moto cross, Maud Le Pladec paraît inaccessible, visière baissée. Le moindre de ses gestes est une démonstration de force. Presque mécaniquement, elle bouge, elle tombe, elle se relève. Nous entrons dans le spectacle par l’accident : tout évoque la vitesse et la sensation d’être emportée. La danseuse commence à scander des souvenirs personnels aux échos générationnels. Destinée par son père au tutu rose, alors que son frère héritait d’une combinaison de moto cross, Maud Le Pladec n’est jamais entrée au ballet. Le texte ciselé écrit avec Vincent Thomasset évoque la découverte d’une autre manière de danser, d’une façon de grandir cerné par les actualités, baigné par la musique.

Véritable mise à nu de la danseuse, le spectacle explore cette tension qui est à l’origine de l’art. On peut parler d’un combat : Maud Le Pladec s’y engage tout entière. Il y a cette culture mainstream, cette industrie du divertissement qui standardise musique et mouvement et puis cette forme de résistance. Délaissant casque et jambières, la danseuse reconquiert le mouvement, se réapproprie une culture de la nuit qui n’a jamais perdu ses effets cathartiques. Sensibles aux lumières stroboscopiques, au rythme syncopé, on est rattrapé par l’urgence de vivre : Moto Cross est un solo éblouissant.

Moto cross
Conception, chorégraphie, interprétation : Maud Le Pladec
Discographie, DJ : Julien Tiné
Texte : Maud Le Pladec, Vincent Thomasset
Scénographie et création lumières : Eric Soyer
Crédit photos : Eric Soyer

Vu à la Briqueterie, durant la Biennale de danse du Val de Marne

 

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