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Le Jardin des délices à la 19ème Biennale de danse du Val-de-Marne

Marie Chouinard réinvente Le Jardin des délicesMarie Chouinard ouvre Le Jardin des délices de Bosch au Théâtre Jean Vilar (Vitry-sur-Seine) Jérôme Bosch et ses visions fantastiques ont durablement marqué l’histoire de l’art. Souvent imité de son vivant, il inspire encore 500 ans après sa mort nombre d’artistes et parmi eux la chorégraphe Marie Chouinard qui s’est attaché en 2016 à donner chair au Jardin des délices.

Au Prado où le fameux triptyque est conservé, on s’approche de l’oeuvre complètement soufflé. Avec ses 2m20 de haut et ses 3m89 de large une fois ses volets déployés, la peinture a quelque chose d’hors norme. Sur la scène, la vidéo en renvoie une image monumentale. En s’ouvrant le spectacle commence : trois tableaux se succèdent et dix danseurs s’entrechoquent. On s’enfonce dans la composition, trop grande pour être embrassé d’un seul regard, en suivant Marie Chouinard qui trace son propre chemin du Jardin à l’Enfer et de l’Enfer à la Création.

Corps hybrides et mouvements débridés

L’oeil circule de scènes grotesques en scènes horrifiques. Bosch s’offre le luxe des détails et il faut prendre le temps de savourer chaque miniature. La vidéo, un grand écran central et deux écrans circulaires sur les côtés permettent de circuler entre les gros plans et plans d’ensemble. Le dispositif est éminemment pictural, les corps poudrés des danseurs renvoient à la blancheur presque maladive des personnages. Marie Chouinard “se colle” au tableau dont elle reprend les attitudes et redouble les gestes. En jouant dans un premier temps sur la reproduction de mouvements, puis sur l’effet de groupe, la chorégraphe anime la peinture et la fait grouiller de vie.

Le plateau est enfiévré. Bientôt les danseurs s’approprient les motifs de Bosch et leurs mouvements s’hybrident. La démarche est singulière et plus qu’un tableau animé Marie Chouinard nous invite à entrer dans une danse inspirée. La ronde est un élément récurrent chez le peintre, aussi bien la danse que l’idée générale de la courbe. La chorégraphe l’a bien compris qui s’empare de la structure circulaire de l’ensemble pour nous donner l’inspiration d’une spirale, d’un entraînement irrépressible.

Marie Chouinard réinvente Le Jardin des délices

Le Jardin des délices : créatures et Créateur

D’ordinaire la musique impose le pas de danse, ici c’est l’image qui impose son rythme. Le travail du son dans cette pièce relève plutôt de l’ambiance. Quand ils crient les danseurs ont l’air de damnés sans que l’on sache bien s’ils expriment spécifiquement la peur, la colère ou encore le dépit. L’Enfer est le prétexte d’un moment de bravoure chorégraphique. En plein feux, les danseurs s’amusent des objets mis à leurs disposition : les instruments de musique orchestrent l’aliénation du corps tandis que certains semblent marcher sur la tête. Sonné par ce chaos organisé on retrouve avec délices le goût des monstruosités de Bosch et celui des prothèses de Marie Chouinard.

En choisissant de terminer par la présentation d’Eve à Adam, la chorégraphe ne manque pas d’humour. Elle nous représente le paradis avant que l’homme n’en soit chassé mais aussi une interprétation toute personnelle de la Création. Il y a donc Adam, Eve et Dieu sous les traits de Jésus une scène pour trois danseurs, jusqu’à ce que les autres arrivent : il faut donc se multiplier, échanger les rôles. Le dernier acte figure ainsi comme un apprentissage de la création : chacun apprend ses pas avant de se détacher de son modèle. Cette idée humaniste est sans doute l’une des idées les plus brillantes de ce spectacle qui fait la part belle au cauchemar comme à la rêverie.

Jérôme Bosch : Le Jardin des délices
Chorégraphie : Marie Chouinard
Interprètes : Charles Cardin-Bourbeau, Sébastien Cossette-Masse, Catherine Dagenais-Savard, Valeria Galluccio, Morgane Le Tiec, Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur, Clémentine Schindler, Megan Walbaum
Musique originale : Louis Dufort
Scénographie et vidéo : Marie Chouinard
Lumières : Marie Chouinard
Crédit photos : Sylvie-Ann Paré

Vu au au Théâtre Jean Vilar (Vitry-sur-Seine) dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne

 

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