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Marie Chouinard du faune au printemps

Les Ballets Russes ont fait les grandes heures de la danse au début du XXème siècle. Pour des raisons différentes Prélude à l’après-midi d’un faune et Le sacre du printemps ont fait scandale. C’est pour leur modernité que Marie Chouinard a choisi de s’emparer de ces deux pièces.

Les deux pièces présentées à la Biennale de danse du Val de Marne sont, pour Marie Chouinard, des re-créations à plus d’un titre. C’est en 1987 qu’elle s’était pour la première fois intéressée à L’après-midi d’un faune, le mythe autour de la performance suggestive de Nijinski, son aura sulfureuse. Tout comme son modèle, elle se défie longtemps de la musique de Debussy, ne la trouvant pas propre à être dansée. C’est en 1994 à l’invitation du Festival International de Taipei qu’elle inclue la partition à son travail chorégraphique. Elle monte entre-temps, en 1993, sa version du Sacre de Printemps – cette fois pour la force de la musique de Stravinsky. Le reste appartient à l’histoire et depuis ces “classiques” ne cessent de tourner.

Marie Chouinard dans les pas des Ballets Russes
©Sylvie-Ann Paré

Prélude à l’après-midi d’un faune

Avec le Prélude à l’après-midi d’un faune, la fascination de Marie Chouinard pour Nijinski est assumée. La chorégraphe calque son solo sur les photos du baron Adolph de Meyer et reprend chacun des gestes qu’elle a pu observer. Il en résulte une impression assez singulière, un peu figée. Un rai de lumière réduit la scène à un mince défilé : c’est la marge de manœuvre pour la danseuse. Vu de loin, les mouvements sont réduits aux deux dimensions, on pense aux fresques d’un temple grec ou aux figures d’amphore. Ce sont dix minutes de rêveries antiques nourries par un jeu taquin de lumière. Le faune a quelque chose de repoussant, les nymphes le fuient, les projecteurs aussi. C’est une figure marginale et son costume tout cornu et membré dérange autant qu’il prête à rire. Marie Chouinard avec ce faune grotesque et grivois propose une pièce qui célèbre le plaisir sous toutes ces formes, plaisir de jouer – évidemment.

Le Sacre du Printemps

Marie Chouinard dans les pas des Ballets Russes
©Marie Chouinard

Sous-titré “Tableaux de la Russie païenne”, le Sacre du printemps évoque dans son argument des rituels primitifs. La plupart des chorégraphes à avoir réinterprété la musique de Stravinsky ont conservé le motif du sacrifice d’un élu à la marche du temps. Marie Chouinard propose, elle, une autre version plus primale encore, plus animale. En introduction, la chorégraphe instaure une atmosphère pesante avec la musique de Rober Racine. Bruits d’écriture, un crayon s’agite nerveusement sur une feuille évoquant un bruit de grillon tandis que les danseurs esquissent leurs premiers pas. On retrouve en quelques minutes dans la danse ce qui fait l’originalité de la partition de Stravinsky : son dynamisme et sa façon d’accumuler, de mêler les mouvements.

Marie Chouinard répand la lumière en douche sur ses élus. Les danseurs, même quand ils apparaissent ensemble sont éclairés individuellement. Pas un ne se démarque du groupe et en même temps le groupe se présente comme composé de multiples individualités. La chorégraphe joue d’accessoire pour différencier les danseurs. Un jeu de prothèse crée des griffes ou des cornes. Comme des animaux en lutte, les ergots s’échauffent ; c’est l’énergie du Sacre qui est ainsi libéré. Fiers de leurs parures de corps, les danseurs entament une parade amoureuse, oiseau, humains et bêtes se confondent pour un printemps très séduisant.

Prélude à l’après-midi d’un faune
Sur une musique de Claude Debussy
Direction artistique et chorégraphie : Marie Chouinard
Interprète : Megan Walbaum
Lumières : Alain Lortie
Crédit photo : Sylvie-Ann Paré

Le Sacre du Printemps
Sur les musiques de Rober Racine et d’Igor Stravinsky
Direction artistique et chorégraphie : Marie Chouinard
Interprètes : Charles Cardin-Bourbeau, Sébastien Cossette-Masse, Catherine Dagenais-Savard, Valeria Gallucio, Morgane Le Tiec, Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur, Clémentine Schindler, Megan Walbaum
Lumières : Marie Chouinard

Crédit photo à la une : Nicolas Ruel

Vu dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne

 

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