Théâtrorama

La matière imaginaire du chorégraphe Lionel Hoche est un dialogue reposant sur diverses influences et technologies. Ici, une suite de Ravel se glisse doucement dans des contes de Perrault ; là, des éléments oniriques se chargent d’un symbolisme puissant ; partout, des lieux naissent depuis des corps et des gestes depuis des couleurs, scellant ainsi l’alliance de la nature et de la culture.

L’aventure à l’œuvre se déploie sur un chemin partant toujours de lisières pour rejoindre des centres, qu’ils soient confins de forêts et de montagnes, ou intérieurs de somptueuses demeures. Tout devant, sur un seuil, des créatures sans visage batifolent et se jouent des formes et des saisons. Invisibles ou infiniment petites, elles viennent percer un univers immense que l’on croirait hors d’atteinte – des paysages d’enfance ou inscrits dans une culture populaire. Derrière elles, c’est un cycle à peine entamé qui en chasse un autre, tourbillonnant ou recommençant sans fin son passage. Du jour à la nuit, de l’été à l’hiver, de l’eau à la glace, de la terre au feu, du livre de Charles Perrault à la partition de Maurice Ravel, jusqu’à la chorégraphie de Lionel Hoche, ce qui s’articule balance sans cesse entre osmose et métamorphose.

Car la pièce appelle une bascule, un renversement. Ce qui est montré est le dessous d’une carte, un imaginaire tapissé sous le réel, le poétique sous l’empirique, ou bien ce qui fourmille encore sous un décor paraissant de prime abord engourdi. « M.M.O » se déballe comme la mallette d’un âge tendre, elle-même ouverte sur un double héritage. Logées sous les mouvements de Ravel, les lignes des « Contes de ma mère l’Oye » de Perrault servent alors à une nouvelle écriture, mais de corps cette fois, qui serait contenue dans les gestes de trois danseurs.

Où les arts se croisent
MMO - ©AgathePoupeneyPrincesses, êtres féériques, étranges ou hybrides, se détachent finalement de tout héritage et de toute référence pour s’en émanciper. Les danseurs ne se contentent plus d’être les personnages fantasmés et recrées issus des contes de « Ma mère d’Oye », mais ils viennent former les mouvements et les chairs d’une création unique et particulière : « M.M.O », sigle utilisé pour que se grave une autre empreinte, comme dans un recoin caché à deviner. Et cette signature sera composite, amphibie, à l’image du premier tableau dans lequel des eaux se mettent soudain à respirer pour qu’un vivant puisse s’engendrer, entamant là le trait d’union qui se fait entre le « corps » et le « décor » comme le souhaite Lionel Hoche.

La rêverie conçue par le chorégraphe a recours à plusieurs types d’images. Si elle se structure depuis une conscience collective par l’intermédiaire des contes et des personnages et lieux attendus, elle convoque également le numérique – sorte de sol vertical se jouant des illusions, se défaisant de quelques-unes, en accueillant d’autres – pour proposer un second discours et d’autres niveaux d’interprétations possibles. Des saynètes apparaissent de part et d’autre, tantôt chimériques (des teintes chaudes soufflant sur des teintes froides pour les faire disparaître, des éléments célestes bougeant tout seuls…), tantôt ludiques (un faux solo au chapeau, un trio déluré aux tenues bariolées, des pas de jazz sur de la musique classique…).

Ce carrefour à multiples dimensions et expressions est donc le lieu idéal d’un décalage primordial, dans lequel Lionel Hoche bouscule quelques codes pour mieux les rééquilibrer et finalement abandonner les artifices et costumes de scène. En son cœur, tout supposé inanimé peut prendre souffle et tout harmonie peut s’ébaucher à partir d’une dissonance. Ce qui importe est cette merveilleuse pulsation du vivant qui demeure partout, qui s’écrit, s’écoute et se danse.

M.M.O – création 2015 (jeune public à partir de 5 ans)
Chorégraphie, costumes : Lionel Hoche
Musique : Maurice Ravel, « Ma Mère l’Oye »
Pièce pour 3 danseurs : Céline Debyser, Laurianne Madelaine et Quentin Baguet
Vidéo : Claudio Cavalarri
Lumière : Nicolas Prosper
Crédit Photo : Agathe Poupeney

Vu le 28 novembre 2015 à l’Étoile du Nord

Toutes les informations sur les spectacles et la tournée de la Compagnie Lionel Hoche sur son site

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