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Le discours entre dans la danse de Lisbeth Gruwez

It’s Going to Get Worse and Worse and Worse, my Friend - Lisbeth GruwezDes mots aux mouvements… Le vocabulaire de la danse enrichit son registre avec la chorégraphie de Lisbeth Gruwez, It’s Going to Get Worse and Worse and Worse, my Friend. L’orateur d’excellence ne se résume pas à son discours. Il puise sa force dans une gestuelle qui devient une communication non verbale du corps des plus puissantes pour son auditoire. Coupez le son, il reste le corps. Les politiques feraient de bons danseurs, s’ils n’étaient pas d’aussi beaux parleurs… Quant à Lisbeth Gruwez, elle peut déjà préparer son programme, car elle recevrait à coup sûr tous les suffrages !

Un espace scénique réduit à un rectangle de lumière, comme une tribune soigneusement préparée. Dans une tenue à la sobriété monacale, renforçant une androgynie qui participe à séduire l’ensemble de son électorat, la danseuse chorégraphe n’a pas besoin de bouger pour occuper le terrain. Son charisme et son regard hypnotique électrisent la salle et mettent le public sous-tension. Une intensité dramatique qui va crescendo jusqu’à la rupture provoquée par le premier geste.

Le mouvement ne ment pas, lui…

Lisbeth Gruwez s’est inspirée de la gestuelle des politiques et des orateurs médiatiques pour composer sa chorégraphie. Une synergologie dansée intuitive qui parle au public. La musique est constituée de petits bouts de phrases sorties de leur contexte, prononcées par Jimmy Swaggart, un télévangéliste américain ultraconservateur. À chaque mot correspond son mouvement, comme une gestuelle décodée qui donne un sens nouveau à la danse. La cadence s’accélère, la négation change l’inclinaison, le ton bienveillant des intonations devient plus menaçant, comme le corps qui tend en staccato vers une violence contrôlée qui explose en charge émotionnelle. La démonstration de linguistique dansée n’est pas sans rappeler les scènes du Dictateur où Chaplin utilisait tout son génie à transmettre l’essence du verbe par le langage corporel.

Dans une fusion lexicale où mots et mouvements ne font plus qu’un, le prédicateur se fait matador et la mise à mort fait partie du processus de gestation gestuelle. Possédée, la danseuse conjure le sortilège par une séance de tremblements et de sauts qui se muent en démaraboutisation en marche forcée. L’ombre mouvante devient le reflet de l’ascendant des mots sur l’esprit. Le succès de cette chorégraphie, qui tourne sur tous les continents depuis 2012, tient peut-être à l’universalité d’un message qui transcende les barrières sociétales. Un garde-fou culturel précieux par ces temps où les extrêmes se mettent en mouvement.

It’s Going to Get Worse and Worse and Worse, my Friend
Concept, chorégraphie et danse : Lisbeth Gruwez
Composition sonore et assistance : Maarten Van Cauwenberghe
Costumes Véronique : Branquinho
Conseiller artistique : Bart Meuleman
Composition lumières : Harry Cole
Assistante lumières : Caroline Mathieu
Durée : 50 minutes

Chorégraphie vue au Théâtre Les Tanneurs

Présentée au Festival de Marseille les 08 et 09 juillet au Théâtre Le Merlan

 

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