Théâtrorama

Le Boléro

Air divin popularisé jusqu’à la lie, on en a oublié que « Le Boléro » de Ravel est avant tout une parade amoureuse où un duel s’affronte sur des notes orientales s’étirant dans un délicieux suspens. Revisitant ce mythe, la troupe du ballet du Kirov présente un florilège de ballets célèbres dans un spectacle en deux parties, avec, en apothéose, une adaptation du Boléro dans son intégralité à couper le souffle.

Tout d’abord, des corps. A fleur de peau, livrés à une semi-nudité mais jamais impudiques. Des muscles qui sculptent impitoyablement la lumière, des creux dont la beauté dissimule la souffrance de cet art où la grâce ne s’accomplit jamais sans la douleur. La danse demande une abnégation absolue de ses états d’âmes et des états du corps.

La première partie se veut un hymne à la danse, offrant un florilège des ballets les plus connus, mi en scène par le chorégraphe Nicolaï Androsov, auquel on associe le Bolchoï, le Marinski et bien d’autres théâtres prestigieux à travers le monde. Il en résulte une interprétation mêlant danse populaire, folk et contemporaine avec la technique du ballet classique. Sur scène, rien que des étoiles russes qui éclairent les yeux du public : Maria Allash, danseuse étoile du Bolchoï, le soliste Alexandre Babenko, Alexandra Voronina et surtout Faruk Ruzimatov, un danseur tout en muscles au charisme déchirant… Des étoiles qui excellent dans des extraits du La mort du Cygne dans sa version traditionnelle, en tutu immaculé incarnant la grâce du volatile, Potemkine et l’audacieux Tango Moulin Rouge, dans une mise en scène moderne et feutrée. En voix off pour présenter chaque séquence, celle de Pierre Richard, chaude et pénétrante. Cette mise en bouche prépare au meilleur, la seconde partie va s’avérer saisissante…

La parade du Boléro au service de l’humanité
Changement de décor. L’orient à plein régime, mais version light, avec en fond de scène, un écran restituant des paysages, des textes en langue arabe. Et pour cause, il s’agit de mettre en scène Boléro pour Tahar et les hommes libres, un chant où se confondent beauté et humanité. Cette danse d’amour habille magnifiquement l’histoire hors des temps de deux hommes : Tahar le kabyle charismatique et Michel, homme de généreuse conscience. Souvent la nuit, Tahar et Michel marchent dans la montagne à la rencontre l’un de l’autre. Là, ils se découvrent, se comprennent, se respectent, fusionnent… ils deviennent des frères, des amis. En toile sonore, la voix sublime du chanteur lyrique Azal Belkadi, une voix du fond des âges belle et puissance pour accompagner ce Boléro pur et puissant. Sur scène, l’orientalisme troublant du danseur kazakh Faruk Ruzimatov, véritable icône de la danse reconnue dans le monde entier. Sa stature puissante mêlée à son visage dessinant la frontière de l’orient et de l’occident en font un artiste travaillé de l’intérieur par un double je. Pierre-Alain Perez, premier soliste international repéré par Noureev, complète le quatuor avec Maria Allash. Grand moment de danse, le Boléro de 17 minutes s’écoute, se danse et se respire dans un silence pétrifié. Une performance magistrale à voir absolument, que l’on soit novice de la danse ou pas.

[note_box]Le Boléro
De Maurice Ravel
Avec Farukh Ruzimatov, Pierre-Alain Perez, Azal Belkadi (chant), et en alternance Maria Allash ou Voronina, Alexander Babenko, le Corps de Ballet de danse populaire des Saisons Russes de Moscou. Mise en scène de Nicolaï Androsov.
Crédit photo : Yannick Perrin[/note_box]

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