Théâtrorama

Ils ressemblent aux « lunes microscopiques » louées dans les vers de Federico Garcia Lorca, qu’ils récitent entre deux mouvements ; ces « lunes de fêtes » qui se voilent de rouge et de blanc et qui tombent sur les orchestres de la ville et sur les jardins d’enfance ; ces lunes qui viennent « danser sur les vitres », posant leurs couleurs de ciel sur la terre. José Montalvo les fait se rejoindre sur une parcelle qui permet toutes les alliances : ballerines, bailaores, breakers, tous rompus aux gestes et aux chants de « liberté », Y Olé !

Faire de failles des espaces de croisement. José Montalvo aime les hiatus, comme il semble se méfier des temps de pauses. Sur sa terre de souvenirs, il y a quelques paysages marquants, des petits pas près de Carcassonne aux larges panoramas de plages de Normandie. Il y a aussi quelques mélodies et ce goût pour les horizons multiples, des chants de résistance de la guerre civile espagnole à d’autres chants populaires, de ballades qu’on lui chantait enfant aux plus grands standards du jazz et du répertoire classique. Il y a enfin quelques héros, de papier – Don Quichotte, premier funambule sur le fil conduisant de la réalité vers le rêve –, de chair – de Gene Kelly à Fred Astaire – et, surtout, de mémoire – ses aïeux, branches immuables et frémissantes qu’il maintient suspendues à son arbre de vie. Lorsque cela danse, c’est un monde qui surgit par en-dessous, prenant espace et forme de fines craquelures qui s’étirent sur un parterre dressé en arrière-fond. De cette région intime, les racines se déploient en souche puis en tronc, et le bois est aussi épais que celui des origines. Il rejoint bientôt les corps qui se lèvent ou se couchent pour compléter l’arborescence.

La « musique unique de chaque corps »
Au premier tableau, les danseurs pourraient bien être des ancêtres ou des enfants, coulant ou martelant les notes de Stravinsky. Ils sont tous élus au « Sacre » d’une nouvelle saison. Mais aucun d’entre eux ne sera ici sacrifié : au second tableau, ils deviennent déjà des passeurs atteignant les rives, cantaores rassemblés autour d’un feu de fête mémorielle, gitans et envoûteurs, traces vives et renaissantes. Il s’agit, pour José Montalvo, de faire entendre la musique unique de ces corps, et d’en faire ressentir les multiples accents et les infinies variations.

Le jeu de reflets et de métissage des styles et des genres, coloré, est ainsi plus une marbrure qu’un simple écho : aux inflexions d’un cuadro (musiciens, danseurs et chanteurs de flamenco) répondent tant les lignes glissées d’un corps de ballet, par pas de trois ou de quatre, que les mouvements oscillatoires de solistes échappés d’un crew de breakers. De l’escobilla et ses talons-pointes scandant les mesures s’engagent tant des manèges et des chassés et écarts qui ne cessent de s’accélérer que des phases acrobatiques qui s’enchaînent au sol ou dans les airs.

Conte des origines, « fête printanière », « Y Olé ! » célèbre l’attachement et l’évasion, l’ancrage et l’élévation. Les feuilles de l’arbre central qui prend racine comme il prendrait ciel, et bientôt le flot torrentiel d’une rivière et la barque immobile d’un rêve, accueillent de multiples références, des Broadway shows à Pina Bausch, au recours à la poésie de la pantomime. Sa terre, qui puise ses images dans des portraits de famille ou de migrants, et ses désinences dans un assemblage d’expressions artistiques, est plurielle, tant par sa palette que par ses influences, et célèbre la vie par empreintes et par résonnances.

Y Olé !
Chorégraphie de José Montalvo, assisté de Joëlle Iffrig et Fran Espinosa
Pièce pour seize interprètes
Scénographie et conception vidéo : José Montalvo
Costumes : Rose-Marie Melka, assistée de Didier Despin
Lumières : Gilles Durand et Vincent Paoli
Collaborateurs artistiques à la vidéo : Sylvain Decay et Pascal Minet
Infographie : Sylvain Decay, Clio Gavagni et Michel Jaen Montalvo
Coordination artistique : Mélinda Muset-Cissé
Photo © Jean Couturier
Création au Théâtre national de Chaillot, du 17 juin au 3 juillet 2015

 

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