Théâtrorama

Un spectacle contradictoire entre performance et abstraction

Jaguar au Théâtre de la Bastille Jaguar – Le spectateur est face à une abstraction fascinante où il projette son imaginaire. Cette projection semble nécessaire pour y voir des symboles, des récits. La mécanique physique de la danse fascine d’autant plus qu’elle n’est pas totalement intelligible. La géométrie des gestes tranche avec la succession de tableaux énigmatiques.

La déconstruction des mouvements humains

Jaguar est « le nom donné à certains chevaux, une pièce chorégraphique et un spectacle de marionnettes » selon Marlene Monteiro Freitas. Tout texte, témoignage de l’artiste qui est également interprète est précieux si l’on souhaite donner un sens raisonné à ce que l’on a vu. Une fois dans la salle, les spectateurs sont déjà dans l’expérience. Andreas Merk et Marlene Monteiro Freitas en tenue de joueur de hockey, tels des robots, répètent des mouvements saccadés au milieu d’un plateau quasiment vide, doté d’une estrade et d’un cheval bleu clair en polystyrène. Leurs costumes changent de sens – l’accoutrement semble être celui du joueur de tennis qui tente de se dépasser par une performance sans fin. Est-ce la métaphore du toujours plus de notre société contemporaine muée par des objectifs de productivité ? Le titre amphibien ferait-il également référence à la sauvagerie de l’animal et au luxe matérialiste de la voiture de course ?

Dans la première partie du spectacle, le duo est séparé pour se retrouver. La femme semble vivre plus aisément dans la solitude tandis que l’homme est perdu. Ils se retrouvent, leurs deux corps sont inséparables, ils s’embrassent sans affection, par habitude d’être ensemble. La fusion entre deux êtres semble être absurde. Elle est toutefois transcendée dans la danse. À deux, c’est l’homme qui mène. Sur le rythme du carnaval cap-verdien, ils dansent de façon endiablée. La singularité des deux énergies vitales permet un duo joyeux. Une chaleur sensuelle, loin du mécanisme auquel le spectateur s’est habitué, surgit. Une proximité se crée avec le public qui reste toujours au bord du fait de la froideur mécanique des corps transformés en marionnettes.

L’implosion des codes et la caricature

Les deux interprètes ont le corps peint avec une couleur dorée qui fait penser aux années disco. Cette peinture corporelle peut faire penser à la peinture noire des Mandingues que la foule suit lors du carnaval de Mindelo au Cap-Vert. Marlene Monteiro Freitas ne cesse de détourner les codes, quitte à faire oublier l’idée initiale.

Le public se questionne sur la présence de ce cheval bleu clair dont la grandeur fait penser à celui de Troie. Les performeurs le réduisent en pièces, ses membres sont répartis sur le plateau. C’est l’apogée du spectacle, l’annihilation du pouvoir, la fin de la pièce me suis-je dit. Il aurait fallu que ce le soit. La véritable fin frise le ridicule. Tous deux s’étalent de la peinture sur le visage, elle s’asperge du sang pour mimer un des trois tableaux du triptyque – mort, viol ou avortement. Ces images sont épuisées par le déjà-vu, ce qui ruine le propos.

La performance physique des deux interprètes est hypnotisante. La succession des tableaux dansés stimule l’imaginaire mais certains écueils caricaturent la forme abstraite. Ces deux artistes sont à suivre !

 

Chorégraphie: Marlene Monteiro Freitas avec la collaboration de Andreas Merk
Performance: Marlene Monteiro Freitas et Andreas Merk
Lumières et espace scénique: Yannick Fouassier
Son : Tiago Cerqueira
Recherches: João Francisco Figueira et Marlene Monteiro Freitas
Crédit photos: Laurent paillier

Vu au théâtre de la Bastille

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