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Gonzoo Pornodrame au Tarmac

Gonzoo Pornodrame, l’esthétique léchée de Julien MoreauInspirée d’un fait divers, la pièce Gonzoo Pornodrame de Riad Gahmi n’a rien de racoleur, elle traite du rapport des sociétés occidentales à la pornographie. Un drame moderne dont a su se saisir Julien Moreau avec une remarquable acuité et une esthétique très maîtrisée.

Au delà de la fiction

L’employée de l’année d’une société informatique remporte bien malgré elle une nuit avec un hardeur. Cela n’entrait pas dans les plans de l’entreprise qui pensait récompenser un homme et qui se retrouve à traiter avec la sexualité d’une de ses employées. Personne ne rit plus de cette femme à laquelle on ne prêtait pas attention, personne ne lui parle plus. Il reste des tabous que même les décisions les plus décomplexées n’entament pas. La pièce se joue de ce qui choque quand on pense avoir tout vu et propose une savoureuse galerie de personnages du monde de l’entreprise, du monde du X et du monde tout court. Un patron lourd à l’humour graveleux, une actrice devenue égérie publicitaire, un journaliste tendancieux parmi d’autres… Dans ce chassé-croisé où l’on trouve l’amour et la mort, Riad Gahmi a composé un portrait de société détonnant.

Caméra embarqué

D’entrée de jeu, le générique sur écran rejoue les dispositifs d’avertissement et nous entraîne dans les tours et détours de cette fiction pornographique. Il ne s’agit pas de montrer le corps nu, de représenter l’acte mais de reprendre un dispositif de vision dans lequel nous sommes tous voyeuristes. Julien Moreau dès les premières minutes stylise une orgie par une danse collective et énergique digne d’un clip. Le metteur en scène reprend les codes de la vidéo pour mieux les détourner. Les corps mis en valeur par des collants, enveloppés comme des marchandises renvoient à la logique publicitaire où les êtres sont interchangeables. Dans la pornographie gonzo, l’acteur est aussi l’opérateur, c’est lui qui dirige le regard et invite le spectateur à s’identifier à lui. La mise en scène se fait immersive. Seul le visage de l’autre pris dans des gros plans apparaît. Ici, les bouches omniprésentes des actrices ne sont plus des objets de désir mais des attentions témoignées à des fragiles prises de parole.

L’impuissance face au drame

Le monde que dépeint Gonzoo Pornodrame est incroyablement violent. Violence physique, psychologique mais aussi symbolique. Différents récits s’entrelacent, celui d’une femme mise en garde à vue pour en avoir renversé une autre, celui d’un homme qui a l’impression d’être invisibilisé dans son quotidien ; victimes et bourreaux à différentes échelles de la société de consommation. On avance par accident dans ces histoires liées de façon plus ou moins habiles entre elles. La théorie selon laquelle la pornographie est devenu le cadre de lecture de tous nos rapports humains est plutôt grossière. Il faudrait plutôt y voir un symptôme qu’une cause mais certaines intuitions de la mise en scène sont passionnantes. Les acteurs qui multiplient les rôles participent à la réussite de cette pièce, particulièrement bien dirigés ils nous entraînent dans une tragédie d’autant plus redoutable qu’elle tourne en boucle.

 

Gonzoo Pornodrame
Texte : Riad Gahmi
Mise en scène : Julien Moreau
Avec : Maxime Atmani, Benjamin Bécasse Pannier, Marion Déjardin, Hugo Klein, Liza Machover, Alex Mesnil, Pauline Murris, Morgane Vallée
Création musicale : Maxime Fraisse
Son, vidéo : Stéphane Privat, William Bastard
Scénographie, costumes : Collectif Abrasifs, ESAD
Création lumières : Jimmy Boury, Baptiste Danger
Conception vidéo : Alex Mesnil, Julien Moreau
Crédit photos: Christophe Raynaud de Lage

Vu au Tarmac

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