Théâtrorama

El Baile, une histoire populaire

El BaileMathilde Monnier transpose avec El Baile le spectacle-référence Le Bal de Jean-Claude Penchenat dans l’histoire argentine contemporaine. Le portrait d’un pays qui a connu crises et dictature par la piste de danse et une création tambour battant.

El Baile, une histoire populaire

La scène a des allures de gymnase, les danseurs s’y rassemblent avec l’énergie des jours de fêtes. El Baile est un hommage à la culture populaire, celles des soirées dansantes, des manifestations spontanées, des rassemblements improvisées. On se retrouve où l’on peut, les lignes du terrain de basket deviennent les repères pour improviser de nouvelles formes de quadrilles. Une évocation d’un lieu en particulier, son parquet, ses démarcations suffit pour signifier que l’on peut se retrouver n’importe où pour danser et faire société. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’évoquer le passé d’un pays, ses moments de rupture et de réunions par ses mouvements de foule. De part et d’autre de la piste, des chaises ; la chorégraphie joue avec le double regard des danseurs sur eux même et les temps de pause collective qui permettent des expressions plus individuelles.

L’énergie carnassière de la piste de danse

Mathilde Monnier et Alan Pauls composent différentes histoires autour de ce bal. Pas un récit, pas une Histoire mais des personnages que l’on distingue par leurs vêtements et qui se distinguent par leurs actes. L’un va devenir agressif, l’autre sera sa victime pendant qu’un troisième jouera les intercesseurs. Un exemple parmi les plus frappants ; le spectacle se fait l’écho de violences et d’une dure réalité que même les chansons soulignent. Les paroles quand on les examine décrivent des marginaux, des étrangers ou des opposants, méprisés par la population, pris à parti par la police, stigmatisés par les partis politiques. C’est un portrait nuancé, passionné et humain de l’Argentine où il est question de désirs et de chair comme le rappelle littéralement la chorégraphe qui choisit d’évoquer la abattoirs d’un pays qui compte parmi les plus gros producteurs de viande bovine.

Faire face et saluer

La grande réussite d’El Baile est de parvenir à concilier mouvements individuels, pastilles narratives à tous les plans, et mouvements collectifs. On pourrait comparer le travail chorégraphique avec celui d’un choeur capable de s’exprimer d’une voix mais aussi de se démultiplier et de jouer des contretemps, des tessitures. Les musiques tout genre confondu coexistent sur scène, provoquant à l’occasion un effet de canon redoublé par le corps. Chant martiaux, tubes sirupeux et ballades enfantines se succèdent ou se téléscopent pour proposer des bulles, à l’image de ce corner en fond de scène où viennent périodiquement se réfugier des danseurs. Mathilde Monnier mêle les gestes dérisoires de l’intimité et le vocabulaire collectif des danses populaires pour provoquer une identification sentimentale à cette foule. Voilà tout ce que nous avons traversés, voilà ce que nous sommes.

 

El Baile
Conception : Mathilde Monnier, Alan Pauls
Chorégraphie : Mathilde Monnier
Dramaturgie : Véronique Timsit
Scénographie, costumes : Annie Tolleter
Avec Martin Gil, Lucas Lagomarsino, Samanta Leder, Pablo Lugones, Ari Lutzker, Carmen Pereiro Numer, Valeria Polorena, Lucia Garcia Pulles, Celia Argüello Rena, Delfina Thiel, Florencia Vecino, Daniel Wendler
Lumières : Éric Wurtz
Son : Olivier Renouf
Conseil musical : Sergio Pujol
Coaching vocal : Barbara Togander, Daniel Wendler
Assistanat à la chorégraphie : Marie Bardet
Répétitrice en tournée : Corinne Garcia
Collaboration artistique : Anne Fontanesi, Nicolas Roux
Couture et habillage : Élise Cognée
Régie générale : Carlos Stavisky
Régie lumières : Emmanuel Fornès
Régie son : Nicolas Houssin
Musiques : Charly Garcia, Virus, Sumo, Redonditos de Ricota, El Mato a un policio motorizado, Osvaldo Pugliese / Extraits de cumbia argentine : Miss Bolivia, Pibes Chorros, Gilda, Damas Gratis, Kumbia Queers
Crédit photos: Christophe Martin

Vu au Théâtre National de Chaillot

Dates de tournée:
Du 26 au 28 janvier 2018 à la MC93

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest