Théâtrorama

Des étoiles ont éclos, le 27 septembre 2014, sur la scène bleu ciel du théâtre Montansier de Versailles. Liés entre eux par un « Fil rouge », les artistes d’une communauté invisible ont émergé d’un rêve le temps d’un spectacle pour rejouer la lutte de Jacob avec l’ange.

Au sommeil du monde, des formes patientent pour une lente gestation. Aux syllabes qui s’échappent, aux cercles de temps projetés qui structurent l’espace, aux cerceaux d’une danseuse, aussi blanche que les musiciens qui achèvent de remplir le tableau initial, un rouage d’harmonies se met peu à peu en place. Un gong, un battement, et bientôt, on ne sait si ce sont les notes et les voix qui dicteront les gestes des corps, ou bien si ce sont les corps eux-mêmes qui engendreront les notes et les voix. À ce sommeil, comme si cette nuit n’était précédée de nulle autre, il faudra déjà que les mouvements ne s’arrêtent pas et que les cercles ne se referment plus.

Sur scène, un fil invisible, pourtant éclatant, abolit l’intuition même des frontières. Il suffit que les premiers dansent – Sophie Jégou, Liu Yan et Xiaofeng Mou, guidés par Kilina Crémona –, pour que les seconds – musiciens des Percussions de Treffort, dirigés par Alain Goudard – entrent aussitôt en résonance. Débute alors un jeu d’échos et de miroirs, de nuées et de traductions vibrantes.

Rendez-vous avec la grâce
À aucun moment êtres et anges ne sont seuls. S’il y a lutte, elle est à la fois témoignage et réconciliation. Ainsi des mains aux ongles argent, de la chevelure et des épaules de Liu Yan ; ainsi de son langage direct et de sa danse ascendante, accueillante, à la limite d’une respiration incantatoire. À chacun de ses gestes, qui est don, subsiste un dévoilement qui résume le combat au seul signe d’une présence. Derrière son masque sensoriel, Liu Yan, privée de l’usage de ses jambes, ouvre un monde de possibles, à la recherche de l’équilibre qui conduira à un nouveau jour.

Lorsque ses bras se balancent, c’est pour enfanter des pas de deux, puis de trois, primordiaux, et l’on comprend que finalement, la lutte n’aura formulé aucune victoire ni aucune défaite pour Jacob, l’ange et tous ceux qui sont sur scène, valides ou non, danseurs ou musiciens : la lutte aura vu naître la promesse d’un geste et celle d’une parole. De ce « fil rouge » surgissent un dialogue incessant et des aubes perpétuelles, car libérées de toute contrainte, réduisant les écarts de ceux que l’histoire a blessés, et qui nous convoquent à leur tour.

Appel aux sens, ce spectacle, qui s’inscrit dans le festival O.R.P.H.E.E., dont le but est de promouvoir l’accession des personnes handicapées à la pratique artistique, révèle de nouvelles alliances et formulations du monde.

Le Fil rouge, création chorégraphique de Kilina Crémona et Alain Goudard
Danse : Liu Yan, Sophie Jégou, Xiaofeng Mou
Musique : Les Percussions de Treffort, Shanghai Percussion Ensemble, Liu Chang, Luo Tianqi, Thierry Miroglio
Vidéo : Renaud Dupré
Prod. Le Pavillon rouge des arts / Ateliers Desmaé / Résonances contemporaines / Eolo
Crédit photo : Fang Fei

Dans le cadre du festival O.R.P.H.E.E.
En tournée : Le Fil rouge

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