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Crowd – Théâtre Nanterre-Amandiers

Crowd de Gisèle Vienne, état de transeAvec Crowd, la chorégraphe Gisèle Vienne explore l’état de transe en nous donnant à voir un groupe de jeunes personnes qui évoluent dans ce qu’on devine être une rave-partie. Elle travaille sur le contraste entre la lenteur des corps et la rapidité extrême de la musique. L’atmosphère se construit grâce une continuité de l’ambiance lumineuse, toute de néon, qui évoque à la fois les petits matins blêmes et les crépuscules qui s’étirent. Les corps se veulent stroboscopiques, en contraste avec cette intéressante continuité lumineuse. Les jeunes gens s’aiment, se rejettent, s’explorent les uns les autres. Les groupes parfois se scindent, s’éclatent puis s’agrègent de nouveau. On dirait un petit ballet atomique.

Rave-partie

Si la scénographie et la lumière sont magnifiques, l’objectif de faire vivre au spectateur un moment de transe est beaucoup moins évident. Curieusement en effet, quelque chose ne fonctionne pas dans les contrastes recherchés : les corps sont souvent imprécis, engagés dans un trip trop doux et planant pour être celui d’une véritable transe. Les rave-parties sont en effet des lieux de drogues dures, de transes désespérées qui vont parfois jusqu’à la mort où l’hôpital psychiatrique. Rien de tout cela ici, pas d’histoire ou de point de focalisation qui retiennent vraiment l’attention, pas d’essence humaine répandue sur le sol, pas d’amour, pas de mort, juste des solitudes. Ces solitudes pourraient d’ailleurs être le véritable moteur de la chorégraphie, et peut-être même le sont-elles, du moins dans l’intention, mais de ces solitudes non plus aucun véritable geste ne se dégage vraiment. Elles sont trop confortables pour donner l’impression d’être vraiment vécues. L’engagement physique et émotionnel n’est clairement pas à la hauteur de l’ambition.

Seul un moment se dégage de cet ensemble trop uni, un moment de silence qui offre enfin – au bout d’une heure ! – le contraste, la respiration tant attendue. Des corps gisent à terre comme après un massacre ou comme après une folle nuit d’amour, et une jeune femme reste seule debout. Sa présence prend alors véritablement sens et sensibilité. Elle se fait petite déesse de son monde et se donne l’impression – à la fois magnifique et dérisoire – de commander aux corps qui l’entourent de se réveiller. Dommage, ce sera le seul moment vraiment intéressant d’une création pourtant prometteuse.

 

Crowd
Conception, chorégraphie et scénographie : Gisèle Vienne
Assistée de Anja Röttgerkamp & Nuria Guiu Sagarra
Mixage, montage & sélection des musiques : Peter Rehberg
Conception de la diffusion du son : Stephen O’Malley
Ingénieur son : Adrien Michel
Lumière : Patrick Riou
Dramaturgie : Gisèle Vienne, Dennis Cooper
Avec Philip Berlin, Marine Chesnais, Kerstin Daley-Baradel, Sylvain Decloitre, Sophie Demeyer, Vincent Dupuy, Massimo Fusco, Rémi Hollant, Oskar Landström, Theo Livesey, Louise Perming, Katia Petrowick, Jonathan Schatz, Henrietta Wallberg et Tyra Wigg
Crédit photos: Estelle Hanania

Vu au Théâtre Nanterre-Amandiers

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