Théâtrorama

Le public plonge à pieds joints dans les fantaisies dansées de Philippe Decouflé. Pas la peine de savoir nager dans ces traversées poétiques. Il suffit juste de se laisser voguer dans les eaux troubles du rêve. Si Contact continue dans la lignée des précédentes créations, ce tourbillon artistique finit par donner le vertige d’une ivresse éthérée.

Contact se présente comme un hommage aux comédies musicales. Un hymne au music hall qui montre l’envers du décor et met les coulisses au premier plan dans un sens dessus dessous qui n’est pas sans rappeler le Topsy-Turvy de Mike Leight. Une joyeuse extravagance qui flirte volontiers avec la démesure dans ce cabaret de l’étrange protéiforme, entre brassage culturel et mélanges des genres. Un kaléidoscope clinquant dans un théâtre total en connexion avec chacun.

Si vous pensiez assister à un spectacle de danse qui respecte les codes de linéarité, vous pouvez faire marche arrière. Dès que la clé de contact est tournée, vous vous engagez sur une autoroute à quatre voies qui ne condamne pas les excès de vitesse. L’univers visuel et sonore happe le spectateur hypnotisé par les images numériques, la voix et la musique de Nosfell et de Pierre Le Bourgeois, qui propulsent parfois aux portes d’une transe extatique. Le point de départ s’ancre dans l’histoire de Faust, où Christophe Salengro joue une fois de plus les maîtres de cérémonie drolatique, pour se diviser rapidement en dédales qui diluent l’histoire tragique en saynètes mêlant acrobaties, magie, danse, théâtre, cinéma, cabaret… dans une subversion permanente.

Touché !
contact6Démultiplication de talents de la bande des seize qui rajoute, au fil du spectacle, des cordes à leur art. Chacun se fait tour à tour danseur, chanteur, musicien, comédien dans une forme d’opéra pop qui se nourrit des influences culturelles des artistes. Loin d’une narration progressive qui respecte un ordre logique, le show bascule volontiers dans le génial chaos des coulisses en phase de création terminale. La danse n’a plus forcément la vedette et doit partager la scène avec les autres disciplines, la vidéo ayant une place prépondérante dans un scénario qui donnerait presque à voir une comédie musicale filmée, avec des clins d’œil, pour ne pas dire des œillades énamourées, à West Side Story.

Les jeux d’ombre, du maître de la lumière Decouflé, s’associent aux effets numériques et aux illusions d’optique qui subliment la musique de Pierre Le Bourgeois et de Nosfell, dans une fusion sensorielle qui envoûte la salle. Chaque scène se construit comme une facette d’une pierre précieuse qui réfléchit une lumière particulière. Les duos sont empreints d’une douce mélancolie et d’une sensualité intimiste. De l’ouverture en voguing à la voltige qui déplace la danse dans les airs, le champ des perceptions est élargi. Les frontières du genre et des genres artistiques s’abolissent, grâce, notamment, à l’incroyable Julien Ferranti qui suscite tout d’abord le sourire dans sa petite robe jaune, avant de provoquer l’émotion avec sa voix de velours et l’onctuosité de ses mouvements. Le public perd ses repères avec plaisir dans cette balade poétique qui joue avec les styles pour travestir le réel et construire un nouvel espace où la fantaisie est reine et où chaque artiste a pu apporter sa touche personnelle au tableau pour achever cette fresque mouvante et émouvante.

Contact
Mise en scène et chorégraphie Philippe Decouflé
Musique originale et interprétation live Nosfell, Pierre Le Bourgeois
Lumières Patrice Besombes
Décors et scénographie Jean Rabasse assisté de Gladys Garot Frati
De et avec Christophe Salengro, Alice Roland, Clémence Galliard, Eric Martin, Alexandra Naudet, Stéphane Chivot, Flavien Bernezet, Sean Patrick Mombruno, Meritxell Checa Esteban, Violette Wanty, Julien Ferranti, Ioannis Michos, Lisa Robert, Suzanne Soler

Construction décor Atelier : François Devineau
Construction accessoires : Guillaume Troublé
Peintures accessoires : Sophie Lehmann
Costumes : Laurence Chalou, assistée de Léa Rutowski
Équipe de création : François Blaizot, Jean Malo
Coiffuriste : Charlie Le Mindu
Accessoires costumes : Eric Halley
Maquillage : Christophe Oliveira
Vidéo : Olivier Simola / Régie vidéo : Laurent Radanovic
Assistante à la chorégraphie : Daphné Mauger
Crédit photo : Crédits : Laurent Philippe
Au théâtre de Chaillot jusqu’au 6 février
Pour les dates de tournée : Cie DCA

 

 

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