Théâtrorama

Christian Ubl, expressionniste de la danse

Christian Ubl danse avec Stil l’amour et la mort
©Didier Philispart

« Stil » de Christian Ubl pour Jugendstil. Avec sa nouvelle création présentée à la Biennale du Val de Marne le chorégraphe autrichien Christian Ubl s’empare du mouvement artistique viennois dont Klimt et Schiele sont les plus célèbres représentants.

À quoi s’attendre quand un chorégraphe revendique dans son travail une inspiration picturale ? Une mise en mouvement d’un tableau la plupart du temps, un travail sur le geste de l’artiste le plus souvent. À première vue, Chrisitan Ubl retient de Klimt son talent d’orfèvre et de Schiele la crudité de ses nus. Cela semblerait un peu court, voire caricatural, si le travail des danseurs ne s’attachait pas de façon plus général à un contexte de création, à savoir l’Europe du début du XXème siècle.

Christian Ubl: corps contraints et danse libératrice

D’entrée de jeu, les danseurs et leurs ailes d’or rappellent les mouvements de voiles de Loïe Fuller. Elle n’est pas directement associée au Jugendstil mais elle a influencé de nombreux artistes, de Rodin à Koloman Moser. L’hommage à celle qui a révolutionné la danse dépasse la manière hypnotique de la danse serpentine. Parmi les premières à danser sans corset, la chorégraphe américaine a provoqué le scandale. Christian Ubl se nourrit de cette indépendance, joue de l’idée même de morale. Le chorégraphe évoque par le corps de ses danseurs, ceinturés par des harnais, l’état d’une société cadenassée et surveillée – pour mieux la bousculer.

Christian Ubl danse avec Stil l’amour et la mort
©Jean Barak

Poses suggestives et transe subversive

C’est d’abord un geste qui échappe comme pour soulager une démangeaison, puis c’est un mouvement qui se répète et qui libère. La chorégraphie joue des effets de contrastes entre gestes individuels et mouvements collectifs parce que l’un influe sur les autres. Christian Ubl donne à penser que l’artiste a une responsabilité. Les peintres ouvrent des possibles, les danseurs proposent d’autres façons de vivre son corps. Sur scène, les danseurs à la beauté convulsive posent la question du plaisir et de la frustration. On ne peut s’empêcher de penser aux théories de Freud sur l’hystérie : peut-être le soin de corps n’est pas l’apanage des médecins.

Le chorégraphe propose aux spectateurs une danse de l’ordre de la transe. La musique jouée sur le plateau joue des rythmes et entraîne hommes et femmes à chercher des gestes au plus profond d’eux-mêmes. Hélène Breschand, harpiste en furie, s’impose à l’égal des six danseurs ; tirant tour à tour des sons harmonieux et animaux de son instrument, elle participe à déconstruire le mythe autour du Jugendstil. Loin de se résumer à Klimt ou Schiele, il s’agit nous rappelle férocement Christian Ubl d’un courant artistique certes provocateur mais salutaire. Loin des clichés d’or et de chair dont il s’amuse, le chorégraphe soutient que la subversion passe par la représentation d’un corps qui échappe aux conventions et donc aux images figés.

Stil
Conception et chorégraphie : Christian Ubl
En collaboration avec les interprètes : Emmanuelle Deroo/Séverine Bauvais, Marianne Descamps, Martin Mauriès/Aniol Busquets, Bastien Lefèvre, Joachim Lorca, Marion Peuta En collaboration avec les musiciens : Fabrice Cattalano et Hélène Breschand
Dramaturgie / Régie son : Fabienne Gras
Lumière : Jean-Bastien Nehr

Costume: Pierre Canitrot

Crédit photo: Jean Barak et Didier Philispart

Vu dans le cadre de la  Biennale du Val de Marne

 

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