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La Chair a ses raisons – Festival Les Hivernales

La chair a ses raisonsÀ force d’acrobatie, Mathieu Desseigne s’est forgée une carrure et une carrière. Avec La Chair a ses raisons, il montre les muscles mais loin d’un énième tour de force, il surprend par sa poésie et sa sensibilité. Un spectacle à l’échelle d’un corps qui prend des allures de voyage.

La chair exposée

Le spectacle commence par une méticuleuse mise à nu. Descendu des gradins, Mathieu Desseigne sans un mot s’approprie la scène. A chaque vêtement qu’il retire la lumière diminue, jusqu’au noir complet. Ce n’est plus l’homme que nous voyons et que nous reconnaîtrons, revenu à son costume de ville, au salut final. Les chaudes tonalités qui éclairent la chair la laissent parler pour elle seule. Modelée par une vie d’exercice, elle présente des plis, des recoins que nous n’avons pas l’habitude de voir. Une sorte de pulsion voyeuriste est à l’œuvre, le corps nous devient étranger. Nous ne discernons plus qu’une masse de muscles et de peau, de nerfs et de sang. Il y a dans cette façon d’offrir sa chair au regard quelque chose de sublime, l’aboutissement de longues années de spectacles dans une forme calme, contemplative, hypnotique.

Le corps comme paysage

Vu de dos, la tête rentré dans les épaules, Mathieu Desseigne fait oublier ce qu’il y a d’humain dans sa chair qui se prête peu à peu à la fantasmagorie. Remarquablement éclairé par Pauline Guyonnet, le mouvement d’une épaule devient une dune de sable balayé par le vent, un roulement d’échine un tremblement de terre. Le corps est un paysage sans cesse traversé par nos regard, tantôt droit vers le ciel comme une montagne, tantôt allongé contre le sol comme un désert. La fragmentation de notre attention fait surgir des détails et les échelles se confondent pour révéler un danseur à l’image du monde. Une force tellurique dans tout le squelette. Une mécanique redoutable et poétique est à l’oeuvre, la force sourd de ce contrôle total du corps, et en même temps la délicatesse de ces mouvements qui relève du frémissement du tendon, du saillissement du muscle a quelque chose d’émouvant.

Endosser l’humanité

La lumière très picturale saisit la chair entre le profane et le sacré. Ce pourrait être un tableau de Rembrandt où l’on hésite à discerner le corps d’une passion et la carcasse de boucherie. Le public est sur le fil entre fascination et répulsion. Nous éprouvons le même frisson que devant une planche d’anatomie, celui de l’exploration des confins de l’humain. Physiquement le corps est marqué, distingué, les épaules sont particulièrement développées et les muscles du dos d’ordinaire si peu visibles expriment là de nouvelles arabesques. Mathieu Desseigne n’en tire pourtant pas particulièrement fierté et n’hésite pas à en rire et à insérer quelques passages grotesques, des mains qui s’animent à la manière de marionnettes, une escalade absurde. A d’autres moments renforcé par la musique il évoque des figures pathétiques. Loin de tout mouvement d’héroïsme, l’interprète montre simplement l’humain de ses chairs.

 

La Chair a ses raisons
Chorégraphie et interprétation: Mathieu Desseigne
Conseil artistique: Sylvain Bouillet et Lucien Reynès
Regard extérieur: Sara Vanderieck
Création lumière: Pauline Guyonnet
Création sonore: Philippe Perrin
Crédit photos: Laurent Onde

Spectacle vu dans le cadre des Hivernales d’Avignon

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