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Carmen(s) de José Montalvo

Carmen(s) de José MontalvoLe chorégraphe José Montalvo puise dans la nouvelle de Prosper Mérimée et les grands airs de l’opéra de Bizet pour nous livrer son interprétation : Carmen(s). Le personnage de la bohémienne devient multiple, réceptacle de l’interprétation de toutes et de tous.

Une belle ode féministe modelée par le progressisme à la mode

Les racines espagnoles et le goût pour le métissage du chorégraphe créent un spectacle très réussi dans son syncrétisme. Il ouvre des perspectives en cassant les codes, en mélangeant les registres. La danse classique côtoie le hip-hop, le flamenco interprétés par des danseurs du monde entier – Corée, Espagne, Japon, France… Le seul passage étrange semble la confrontation entre les deux narrateurs. La flammenquiste Rosa Herrador conte l’histoire en espagnol, traduite par le hip-hoppeur Karim Ahansal. La géométrie et l’énergie de l’une ne dialoguent pas avec la désarticulation de l’autre qui semble maladroite. L’éclectisme se trouve également dans la multitude des corps représentés. Le corps féminin et masculin est pluriel – petit, grand, musclé, charnu, noir, métissé, blanc. Cette pluralité fascine et rompt la linéarité très présente sur les plateaux institutionnalisés.

Carmen(s) de José Montalvo

Les puristes de l’opéra de Bizet seront déçus de ne pas retrouver l’histoire originelle. L’essence du spectacle se trouve véritablement dans l’image subjective que chacun des interprètes a du personnage. En fond de scène, un écran retransmet leurs témoignages qui évoquent Carmen. Certains discours paraissent peu singuliers, constitués d’idées bien-pensantes, d’autres, plus personnels, donnent d’autant plus de sens à leur présence sur le plateau. Les origines gitanes du personnage peuvent justifier l’évocation des migrants. Toutefois, cela dilue la pertinence du propos initial – la liberté de pensée et d’être de la femme -, et engendre un discours progressiste caricatural. « Carmen, c’est moi » clame un danseur revendiquant implicitement, ainsi, la liberté sexuelle des LGBT. Toutes les cases semblent cochées.

Le rouge, rébellion et énergie positive

Le travail chorégraphique de José Montalvo assisté de Joëlle Iffrig et de Fran Espinosa pour le Flamenco communique une énergie positive à la salle qui est emportée par la diversité des styles et la succession rapide des scènes. L’usage de la vidéo ne semble pas toujours nécessaire. Certes, les scènes projetées sont amusantes car elles détournent les codes des blockbusters américains en montrant les doubleurs mais elles ne font que rétablir artificiellement le fil narratif de la nouvelle de Mérimée. La scénographie épurée ainsi que la couleur rouge des costumes des personnages féminins laissent de belles images aux spectateurs qui sortent joyeux de ce spectacle.

 

Carmen(s)
Chorégraphie, scénographie, conception vidéo : José Montalvo
Assistante à la chorégraphie : Joëlle Iffrig
Assistante à la chorégraphie Flamenco : Fran Espinosa
Musique Live : Ji-eun Park, Kee-ryang Park, Saeid Shanbehzadeh
Musique : Georges Bizet
Costumes : Sheida Bozorgmehr assisté de Coumba Diasse
Scénographie/Lumières : Vincent Paoli
Son : Pipo Gomes
Durée 1h15
Crédit photos : Patrick Berger

Jusqu’au 23 février 2018 au Théâtre National de Chaillot

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