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Bottom : « Fou cheval »

Mesdames et Messieurs, je vous demande de saluer un être étrange, un peu frustre qui va arpenter la scène d’une démarche claudicante, confinant presque à la maladresse. Il est vêtu d’une écharpe rouge et d’un grand manteau noir et va évoluer devant vous pour le plaisir de vos yeux ! Mesdames et Messieurs, je vous demande d’applaudir le clown Bottom, clochard magnifique en quête de sens, en quête d’amour !

Non. Le célèbre Mr Loyal n’est pas là pour présenter de la manière la plus classique qui soit un clown et ses facéties qui font oublier au public son triste quotidien le temps d’un trop court moment. Si le rire est bien là, il se teinte d’amertume.

Les bruits de jungle urbaine accompagnent Bottom dans ses errements sur une scène sans repères. Au gré des éléments éparpillés sur le plateau (papier, table…) il va petit à petit tenter de construire ses identités, lui, oublié de la société qui semble vivre le moment présent, sans se soucier du lendemain. Ce n’est pourtant pas faute de clamer son droit à l’existence en écrivant son nom partout où ça lui est possible.

C’est ainsi que, se promenant avec une tête de mannequin, il se transforme en chanteuse, se débarrassant rapidement de ses vieux habits pour enfiler une nouvelle peau. La démarche n’est pas facile au début avec les hauts-talons, qui font tituber Bottom comme un bébé parti à la découverte du monde. Puis la détermination porte ses fruits quand Bottom atteint enfin le micro et, dos au public, chante « Let it be » des Beatles. La mutation est alors achevée et la magie opère.

Transformation, identité, amour…

La part féminine ayant fusionné avec la part masculine, il s’agit d’aller plus loin et pourquoi pas vers l’animal, en déployant cette fois les ailes d’un oiseau. Là Bottom quitte le sol et s’échappe de cette cage sans barreaux apparents qu’on nomme civilisation et qui s’avère incapable d’accepter, autrement qu’en rangeant chacun dans une boîte, la multitude d’êtres qui la composent. Bottom, le paumé, le misérable, convoque le transformisme et enrichit d’amour sa vie et celle de tous ceux qui ont le bonheur de croiser sa route.

« Fou cheval » est la première partie d’un spectacle d’une heure, dont la suite en préparation s’intitulera « Hobo ». On sait que ce terme désigne aux Etats-Unis, un SDF se cachant dans les trains de marchandises et vivant de divers travaux agricoles au gré des saisons.

Le créateur-interprète Daniel Gulko, (qui s’auto définit comme zen-anarcho-surréaliste) a cette très belle idée d’utiliser le principe du clown, pour évoquer un être en marge du système. Sont convoqués ainsi dans un même entrain une mélancolie et un humour dignes de Charlot. Car oui, comment ne pas penser à l’illustre vagabond, à l’identité incertaine lui aussi, lorsque l’on voit Bottom consumer son énergie à devenir des autres pour enfin parvenir à accomplir sa destinée.

Bottom
Conception et jeu : Gulko
Mise en scène : Adèll Nodé-Langlois
Ecriture : Gulko & Adèll Nodé-Langlois
Regard chorégraphique : Léa Canu–‐Ginoux
Régie générale & son : Julien Frénois
Éclairage : Lucie Delorme
Durée : 30 mns
Crédit photo : Chedlyz

Spectacle vu dans le cadre de l’entre-deux biennales le 16/01/2016

Prochaines dates à venir

 

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