Théâtrorama

Blanks : plan d’ensemble

Facétieuse, Ingrid Berger Myhre se livre dans Blanks à un jeu d’apparition et de disparition. Une stimulante partition pour une danseuse et quelques accessoires où le spectateur est prié de combler les manques et de construire une narration.

La pièce commence par un écran blanc. Le dessin d’un chien, une ligne qui tremble sans que l’on ne voit la main qui la trace. L’image disparaît, la musique sert de transition, le montage est parfait et la danseuse se présente du bout des doigts. C’est un petit numéro bien rodé, une langue des signes officieuse qui joue de bouts rimées et de comptines enfantines. Les ongles rouges, c’est ainsi une famille qui prend la route, deux personnages qui se retrouvent et s’embrassent ou encore une grande fille qui se cache les yeux pour ne pas être découverte trop vite. L’interprétation, déjà, est libre et on se fraye un chemin dans ces moyens de raconter une histoire par le geste. Ingrid Berger Myrhe met en valeur tout ce qu’implique le corps et parvient de façon simple et efficace à mettre en tension l’écriture chorégraphique.

Blanks, remplir les trous avec Ingrid Berger Myhre

Chorégraphier avec le vide

La première disparition a tout d’une farce, une artiste qui disparaît pour mieux revenir, se faire toujours plus désirer. Le texte qui s’écrit alors en direct d’une main toujours inconnu, heureux régisseur ou narrateur tout puissant, nous informe du retour prochain de la danseuse et des gestes qu’elle accomplira. Cet effet d’annonce amuse, le texte défile de plus en plus vite et de plus en plus technique jusqu’à donner idée du rythme mais non plus de la figure qui se déroulera sous nos yeux. Comment décrire le mouvement, comment transmettre sans l’avoir vu un geste ? Le spectacle propose différentes pistes dont celle de la captation sonore. Les craquements du parquet, le bruits des pas, le frottement d’un vêtement autant d’indices rares et dérisoires qui nous permettent d’imaginer quelques minutes avant ce que nous allons voir. Un jeu sur le futur proche qui pose la problématique de la trace, ce qu’il reste d’une chorégraphie en l’absence du corps.

Rester ouvert

Telle une magicienne Ingrid Berger Myrhe joue d’accessoires pour rythmer ses entrées et sorties. Dans Blanks, Tout devient fête et étonnement, jusque dans le quotidien. Avec beaucoup de poésie, elle joue des illusions prenant le polaroid d’un chien en photo qui se révèle être au fur et à mesure que l’image apparaît un flamant rose. Cet hommage tendre à l’enfance peut paraître absurde ; il fonde pourtant une délicate poétique du geste et renoue un lien presque naïf avec le public celui de la réjouissance, du divertissement. Au travers de cette pièce savamment construite où souffle le plaisir de l’expérimentation et la liberté du mouvement la chorégraphe nous offre une belle réflexion sur le langage de la danse et ce que peut apporter le spectateur à la scène par ses projections et son imagination. Un doux rêve et de très riches possibilités.

 

Blanks
Chorégraphie et interprétation Ingrid Berger Myhre
Lumières et décors Edwin Kolpa
Développement technique et visuels Sigurd Ytre-Arne
Costumes Maja Eline Larssen
Recherche visuelle et conseils Jenny Berger Myhre
Regard extérieur Merel Hering
Musique Magnus Hængsle, Jim O’Rourke
Durée: 40 minutes
Crédit photos: Sara Anke

Vu à la Briqueterie

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