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A love supreme – Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis

A love supremeA love supreme c’est l’album mythique de Coltrane mais aussi le spectacle d’Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis créé en 2005. Reprise aujourd’hui par quatre danseurs masculins cette chorégraphie prolonge l’expérience de l’écoute et se vit comme une déclaration artistique autant qu’amoureuse.

Le corps musical

Pour Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis le silence est déjà musique. C’est dans le bruissement discret de portées et d’enjambées que les danseurs annoncent les vibrations de Coltrane. Les projecteurs qui les mettent graduellement en évidence produisent l’effet d’une apparition. Nous ne voyons pas de musiciens ; par la grâce de l’enregistrement les instruments n’ont pas besoin d’être accordés mais les corps s’échauffent. A deux, trois ou quatre, les danseurs composent et recomposent des figures de groupes sans jamais s’attacher. Ils sont unis et en même temps singulier, chacun parvient à affirmer son mouvement à afficher un style. Leur démarche assez lente est pour autant précise, sûre et claire. Dans la pénombre, dans le silence, le quartett trouve sa propre gravité,

Composition appliquée

La rigueur est un cadre que pose les chorégraphes pour parvenir à une forme de liberté. Les marquages au sol, assumés, dessinent une suite mathématique dont s’affranchissent ensuite les danseurs. Ils suggèrent les déplacements, le mouvement et une danse géométrique mais le spectacle reste très organique. Les gestes sont réduits, répétés mais lié à la structure même de la musique de Coltrane. Les mêmes mouvements s’enchaînent, se recombinent pour proposer de nouvelles harmonies, des accents transcendantaux. Les danseurs agissent la musique plus qu’ils n’y réagissent comme s’ils portaient en eux cet état de transe. A love supreme, a love supreme, a love supreme, la voix grave de Coltrane tourne en boucle à la manière d’un mantra : c’est une déclaration à laquelle on ne peut échapper.

Authentique déclaration

La musique nous plonge dans une forme d’hypnose, prolongée ici par la danse. Dans la lumière projetée, les ombres se prolongent sur les murs et nous environnent. Chacun des instruments à un son particulier, chaque danseur à sa signature et même s’ils se livrent l’un après l’autre à des solos, même s’ils recomposent des duos, ou des trios c’est le quartett dans son entier qui captive. L’intimité des corps et des accords. L’écriture sobre, limitée permet à chacun trouver une place et de donner à l’échange quelque chose de très personnel. L’énergie du spectacle mais aussi de l’album repose à la fois sur la maîtrise de codes et sur l’improvisation. A love supreme a quelque chose de mystique, c’est un manifeste artistique à part entière.

A love supreme
Chorégraphie
 : Salva Sanchis, Anne Teresa De Keersmaeker
Dansé par : José Paulo dos Santos, Bilal El Had, Jason Respilieux, Thomas Vantuycom
Version originale créée en 2005 avec 
 : Cynthia Loemij, Moya Michael, Salva Sanchis, Igor Shyshko
Musique 
: A Love Supreme, John Coltrane
Enregistrement 
: tenor saxophone, vocals: John Coltrane, piano: McCoy Tyner, bass: Jimmy Garrison, drums: Elvin Jones Acknowledgement, Resolution, Pursuance & Psalm © Coltrane, J., © Jowcol Music, Inc. (Universal Music Publ. N.V.)
Lumières : 
Jan Versweyveld
Réecriture lumières :
 Anne Teresa De Keersmaeker, Luc Schaltin
Costumes: Anne-Catherine Kunz
Crédit photos: Anne-Van-Aerschot

Vu au Théâtre de la Ville

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