Théâtrorama

Bien sûr, Nicolas Le Riche n’en a pas fini. Le tout jeune retraité du ballet de l’Opéra de Paris le répète haut et fort : il n’aura jamais terminé de « cultiver l’instant » et de « jouer avec les nuances », jamais terminé de danser et de créer, pour lui-même, pour les autres, et surtout avec les autres. À peine libéré de la compagnie, le voici déjà dans un nouvel élan, en pleine préparation de deux soirées Carte Blanche qui se tiendront au théâtre des Champs-Élysées, les 4 et 5 novembre prochains.

« Je viens de passer plus de 30 ans à l’opéra de Paris, c’est un très long moment… Je n’y ai jamais travaillé sous la contrainte et je n’ai jamais non plus été particulièrement carriériste. Si je n’ai pas ressenti l’envie de m’accomplir socialement au travers de ma passion, j’ai en revanche eu cette chance immense d’être très entouré et de rester au cœur de mes préoccupations les plus chères, à toujours travailler le plus étroitement possible avec des personnes – des maîtres – que j’ai choisies et qui m’ont choisi. La programmation de ces soirées s’est donc construite comme un clin d’œil. » Un clin d’œil sous forme de partage et d’échange, entre danseurs et chorégraphes, ceux que Nicolas Le Riche, dans un sourire, appelle ses amis.

Portrait Nicolas Le Riche

À l’écouter présenter le programme de sa future Carte Blanche, il n’y a aucun doute : plus libre que jamais, le danseur se transforme en conteur. Et le voici prêt à raconter une histoire de liens, de rencontres et de déplacements nécessaires. Sur la scène du théâtre des Champs-Élysées, il proposera cinq pièces, dont une création, qui toutes témoigneront d’un sentiment d’appartenance à une troupe et de mouvement de soi vers l’autre. Le danseur ne cesse en effet de le revendiquer : « Savoir qui nous sommes ne signifie pas condamner l’autre dans sa différence, bien au contraire… C’est probablement le signe d’une reconnaissance et d’une compréhension de l’autre. »

Ce qui importe à Nicolas Le Riche, c’est cette sensation de « battre au même rythme » que ses partenaires d’un soir, souvent partenaires d’une vie. Premières notes de la soirée, « A Suite of Dances » permettra à l’interprète, seul en scène, de clamer la joie à la fois simple et tendre de danser. En grande partie autobiographique, la pièce créée par Jerome Robbins pose les bases d’un dialogue intime. « À travers elle, j’ai l’impression de pouvoir me reconstruire pleinement. » – autrement suggéré : une façon de mettre en scène un fil ininterrompu.

Car Nicolas Le Riche est en chemin et avoue avoir besoin de se déplacer, toujours, comme de déplacer les frontières entre les arts et les générations. Il aime démultipier les entrées et les pistes, et emprunte ainsi aux ressorts du théâtre, à travers notamment « Odyssée », créée en 2013 pour sa compagne et ancienne Étoile Clairemarie Osta, ou encore « Critical Mass », duo chorégraphié par Russell Maliphant qui rend compte, selon lui, « de traversées de mondes transversaux et des liens qui vont du ballet classique à la danse contemporaine, et vice versa ».

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Plus qu’un leitmotiv, l’idée que la danse est un art unique et pluriel, « qui peut toucher à différents endroits », est pour lui une réelle conviction. En témoigne la pièce « Aires migratoires » qui rassemblera un septuor de danseurs « volants », évoluant selon un code propre au chorégraphe Hervé Diasnas, fait de piétinés et d’envols uniques à chaque représentation. « On a l’impression de voir des nuées d’oiseaux dans le ciel, ou des bancs de poissons dans l’océan… C’est à la fois expérimental, poétique et hypnotisant. »

Ainsi, voler, danser, pour ne rien figer, aller au-devant et vers l’autre : faire de chaque geste un événement, le récit d’une rencontre au présent, forte de toutes ces expériences passées, qu’elles soient personnelles ou partagées. Ce sera également le cas à travers « Une après-midi », sur laquelle Nicolas Le Riche est en train de travailler. Création pour Clairemarie Osta sur les gammes célèbres de Debussy, la pièce mettra en gestes une histoire, illustrant la voix et la voie d’une femme.

À travers cette programmation, il y a l’impression qu’un monde se déploie, tel une petite boîte que le danseur confesse conserver précieusement depuis son plus jeune âge et qu’il remplit chaque jour. « C’est ma façon de militer pour la culture. Je note des idées en permanence, je truffe ma boîte d’expériences et d’impressions de lectures. De temps en temps, je l’ouvre et j’y puise la matière de mon prochain travail. » L’envol de Nicolas Le Riche sera donc comme sa danse, fait d’élans multiples et de tête-tête, de pas de deux se nourrissant sans cesse pour former un ensemble vital.

Carte Blanche à Nicolas Le Riche, les 4 et 5 novembre 2014 au théâtre des Champs-Élysées
Soirées organisées dans le cadre des TranscenDances
Coréalisation Productions Internationales Albert Sarfati / Théâtre des Champs-Elysées
Crédit photo: Agathe Poupenet
Site web

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