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La Compagnie Marie Chouinard au Festival Cadences

Compagnie Marie Chouinard Compagnie Marie Chouinard – Il est des expériences hors norme que seuls de très rares spectacles sont capables de procurer. Véritables voyages dans l’indicible, ces expériences désorientent les sens, catapultent les repères et refondent le monde intérieur. Peu de mots pour les décrire, une définition pour les dire: chef-d’œuvre.

Marie Chouinard commence son diptyque par une pièce faite de courts tableaux, brefs, confinant parfois à la seconde, entrecoupés de noirs. Sur la musique des 24 préludes de Chopin, des corps à la fois élastiques et compacts se meuvent tout en saccades et en ondulations -toujours, en intelligence. Petites crêtes noires ou cornes sur la tête, moitiés nus, lumières en halos sur le plateau noir, les danseurs de la Compagnie Marie Chouinard  jouent avec Chopin. Ils font de ses acrobaties pianistiques une pratique visuelle…

Et la synesthésie laisse perplexe : comment est-il possible d’entendre ceci que l’on voit ? Radicale dans tous ses choix, Marie Chouinard invite au déplacement des réalités et des perceptions. La gestuelle harmonieuse du siècle romantique nous avait habitué à entendre chez les compositeurs du XIXe siècle que leurs traits lumineux. L’œil avait pour ainsi dire masqué l’oreille. Marie Chouinard bouscule nos synesthésies et réveille nos sens. La vue appelle l’ouïe, l’ouïe refonde la vue, et dans un mouvement de va-et-vient permanent, l’œuvre se laisse lire en tous sens. Ce qui apparaît alors est à peine croyable : la profondeur du propos est si grande qu’on ne peut que la toucher du doigt. Sa chorégraphie inouïe dévoile l’humour, révèle la détresse, appelle à respirer dans des lieux inconnus.

Compagnie Marie Chouinard Suit le « Sacre du printemps » : la géniale ambition de Marie Chouinard explose. L’artiste nous projette dans un monde puissant où le primitif le dispute à l’onirique. Sur la musique complexe du Sacre, elle construit une œuvre toute en fil tendu. Comme précédemment, la chorégraphe fait du compositeur son allié et prend l’iconoclaste Stravinsky pour guide. Avec lui, elle marche main dans la main. Danse et musique ne font qu’un, à nouveau se révèlent l’une l’autre, dans un perpétuel élan d’inouï. La danse évolue dans ce même mouvement ondulatoire et saccadé continu, régulièrement brisée par des battements nets: elle fusionne les contraires dans une conviction sans faille. Les danseurs sont tour à tour satires et faunes, proies ou chasseurs.

Leur interprétation va se nicher au fin fond de leurs muscles. Des slips sombres pour seuls costumes, ils découvrent des corps androgynes, fragiles à la peau fine ou puissante masse musculaire. Parfois, de longues griffes couleur fauve, ou serait-ce des cornes, apparaissent sur les membres, au bout des doigts : l’espace plonge immédiatement dans le fantastique, son horizon devient infini. La lumière, hyper travaillée, sert d’unique décor : elle éclaire par zones pour mieux assombrir le tout, elle crée le jour pour avoir la nuit. Le Noir, lieu de la source.

Compagnie Marie Chouinard – La danse, le danseur

Compagnie Marie Chouinard La danse de la chorégraphe montréalaise semble bien s’inscrire dans l’histoire de sa culture. On y retrouve les langages du classique et du contemporain. Seulement tout est dévoyé. De même que notre monde et sa violence ne laissent pas indemnes qui en fait partie, ne sortent pas indemnes les corps des artistes. La danse n’est pas aveugle. Elle n’est pas là pour aveugler non plus. Couronnes, grands battements, retirés et arabesques sont portés par une énergie inédite, toute en contraire. La main est flexe, elle marche par soubresauts. Le geste est vif, bref. Il claque, grince et coule dans un même temps. Le regard est dense : il interroge et réceptionne. Les présences sont d’une conviction imperturbable. Tout jusqu’à la langue exprime la poupée désarticulée à laquelle se mêle l’impératif de vivre.

Avec un propos aussi radical, le danseur de la compagnie Marie Chouinard ne peut pas être un simple exécutant, il est aussi artiste. L’engagement dont il fait preuve est entier, urgent. Il rejoint ce monde des arcanes intérieurs qui est aussi le sien. Il pousse le geste jusqu’à l’extrême, jusqu’à atteindre l’endroit où physique, pensée et émotion se confondent. Il fait le voyage au cœur de la matière, là où l’indicible se fait mouvement, où se dévoilent les archaïsmes. Il dit l’impact de la violence sur les êtres, il sort de ses profondeurs des principes enfouis. Alors, bien loin des couleurs sucrées d’une gestuelle apaisante, la danse se fait poème puissant, monstrueux, creuset où se joue et se déjoue l’histoire des hommes.

Compagnie Marie Chouinard

« Les 24 Préludes de Chopin »
Chorégraphie : Marie Chouinard –
Musique : Frédéric Chopin, « 24 Préludes de l’opus 28 ».
Lumières : Axel Morgenthaler –
Costumes : Liz Vandal –
Maquillage : Jacques Lee Pelletier

« Le Sacre du printemps »
Chorégraphie : Marie Chouinard –
Musique : « Le Sacre du printemps », Igor Stravinsky, 1913 avec la permission de Boosey & Hawkes, Inc., éditeur et détenteur des droits de reproduction, 35 minutes –
Lumières : Marie Chouinard.
Costumes : Liz Vandal –
Accessoires : Zaven Paré –
Maquillages : Jacques Lee Pelletier
Coiffure : Daniel Éthier.

Interprètes : Sébastien Cossette-Masse, Valeria Galluccio, Véronique Giasson, Leon Kupferschmid, Morgane Le Tiec, Scott McCabe, Sacha OuelletteDeguire, Carol Prieur, Clémentine Schindler, Megan Walbaum

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