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Un break à Mozart au Festival Cadences d’Arcachon

Un break à Mozart au Festival Cadences d’ArcachonUn break à Mozart – Kader Attou, directeur du Centre Chorégraphique National de la Rochelle et représentant de la scène hip-hop française dans le monde, n’a de cesse d’interroger les codes et de réinvestir les corps. De son exigence artistique naît la brillante discrétion de son engagement politique. Un break à Mozart en est une nouvelle preuve.

Classé dans la catégorie (les dinosaures ont toujours besoin de catégorie), « nouvelle scène de danse », Kader Attou accepte l’étiquette. C’est que le chorégraphe, quand il convoque un orchestre, ne place pas les musiciens devant, dans la fosse, mais derrière, sur la scène et sur une estrade. Quand il fait bouger ses danseurs sur la musique du Requiem, il fait fi de ce qui a façonné l’œil du spectateur et les corps des danseurs jusqu’ici, sous le signe de la dénommée « grâce » : pas d’onctuosité du geste pour épouser la partition, mais la présence à l’état brut du danseur de hip-hop. Enfin et comble de l’audace, Kader Attou ne fait pas même enchaîner à ce catégorisé danseur les virtuosités acrobatiques dont il est le roi -que veut le public, qu’appelle la musique. Il attend, il interroge, il retient. Nouvelle scène de danse convoque nouveau spectateur : l’art du danseur est politique.

Joué à Central Park, « Un break à Mozart » est venu fêter l’arrivée de l’Hermione à New-York. Qu’à cela ne tienne, il réunit la vieille Europe et les pas importés du Nouveau-Monde, convoque Mozart et le hip-hop, célèbre la rencontre. Les dix instrumentistes de l’Orchestre des Champs-Élysées, dirigés par Philippe Herreweghe, exécutent une adaptation pour cordes du Requiem : sept violons, deux violoncelles, une contre-basse. En face, ou plus exactement, en bas, les onze danseurs de la Compagnie Accrorap enchaînent les tableaux, du solo à l’ensemble. Dans un « battle » fraternel, les uns juchés sur une estrade devenue Mont Olympe peuplé de lyres, les autres nez à terre ventre au sol avec la gravité pour guide, les artistes tentent de faire advenir la rencontre. Passé et présent sortent leurs pierres les plus précieuses, le silence vient ponctuer leur flux: « Un break à Mozart » est une partition chorégraphique et musicale d’une cohérence, d’une intensité et d’une énergie sans faille.

Écoute, finesse, intelligence, ouverture

La danse hip-hop n’est pas née sur du Mozart : la cinétique de ses pas ne vient pas de la musique de Vienne. Dès lors, pour répondre au défi de la rencontre, la création chorégraphique s’engage dans un élan ludique et une interrogation permanente : Qu’est-ce que, sans mentir, sans se travestir, sans emprunter au façonnement des danses académiques, ce corps là peut dire à cette musique ? Qu’est-ce que Mozart vient déclencher dans le mouvement du danseur ? Qu’est-ce que le hip-hop a à dire à Mozart, qu’est-ce qu’il y trouve, qu’est-ce que la rencontre fait jaillir ?

C’est en douceur et en toute humilité que la rencontre s’opère et les réponses se tissent. L’écoute de l’Autre, quand il est le semblable ou quand il est l’étranger, se trouve au centre de la matrice. Dans la présence des danseurs (si pleine), Kader Attou distille une distanciation en point d’interrogation. Elle les habite et les guide. Comment traverser cette musique, comment être avec ? Différence et désir d’aller vers drainent l’espace en se tenant par la main. Nous battons les nôtres et saluons bien bas le talent des artistes, leur sincérité et leur courage. Le renouvellement qu’ils nous offrent.

Un break à Mozart
Compagnie Accrorap

Direction artistique et chorégraphie : Kader Attou
Interprètes du CCN de La Rochelle / Cie Accrorap : Mickaël Arnaud, Sim’Hamed Benhalima, Bruce Chiefare, Babacar “Bouba” Cissé, Virgile Dagneaux, Erwan Godard, Kevin Mischel, Jackson Ntcham, Artem Orlov, Mehdi Ouachek, Nabil Ouelhadj –

Orchestre des ChampsÉlysées, Direction Philippe Herreweghe
Bénédicte Trotereau, (violon et direction), Thérèse Kipfer (violon), Philippe Jegoux (violon), Clara Lecarme (violon), Marie Beaudon (alto), Wendy Ruymen (alto), Vincent Malgrange (violoncelle), HarmJan Schwitters (violoncelle), Michel Maldonado (contrebasse).

Vu dans le cadre du Festival Cadences 2016, scène du Théâtre de l’Olympia

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