Théâtrorama

Toute l’outrance slave est servie ici dans un maelstrom de drôlerie où le visuel se paye la part du lion. Mime, prestidigitations, danse et facéties à chaque instant composent le cocktail de ce spectacle décoiffant aux accessoires délirants que l’on peut aussi appréhender comme une charge vitriolée contre un certain pouvoir russe…

Semianiki (littéralement en russe : membres de la famille), ce sont six personnages qui, malgré une totale absence de texte, ne sont pas vraiment en quête d’auteur. Leur moyen d’expression de prédilection, le plus universel demeure le geste (et le mouvement !) qu’agrémente un judicieux éventail musical et sonore.

Plus proche du cinéma muet de Keaton ou Chaplin que de leur compatriote Eisenstein, et avec un zest de cette folie si slave que diffuse à longueur de pellicule Emir Kusturica, ce tourbillon de facéties témoigne avant tout d’un travail phénoménal. Car faire foutraque sans l’être ne s’improvise pas. La précision millimétrée des scénographies et de la mise en scène confère à l’ensemble son exceptionnelle tenue.

L’histoire ? On serait presque tenté de faire l’impasse car elle peut rapidement se faire oublier. On croise une femme enceinte jusqu’aux molaires de son cinquième, son mari ivrogne au dernier degré et les quatre gamins tous plus frappés les uns que les autres. Le dessein des rejetons : trucider ces encombrants ascendants pour exister un peu. Mais les vertus familiales reprendront le dessus…

Crédit photo Franck Girard

Sous ses airs passablement frappé, ce spectacle qui se joue des codes, sociaux et moraux, avec une fièvre quasi orgasmique, charrie son lot de messages. Certes, il peut se regarder comme un subtil composé des arts du cirque, de la danse, de la magie et du mime pour ne citer que les principaux, sans autre forme de recherche analytique. Mais en filigrane et compte tenu de son origine (la troupe a débuté à une époque aujourd’hui révolue où tout ce qui ne vantait pas la gloire de l’URSS ne pouvait qu’en être l’ennemie), si la diatribe anti-soviétique ne résonne pas comme un pléonasme, elle n’en demeure pas moins présente pour autant.

A chacun donc de trouver dans ces cent minutes qui passent à la vitesse d’un éclair ce qui lui conviendra. Un divertissement joliment potache qui, entre batailles de polochon et postiches capillaires délirants, parvient à glisser quelques touches d’émotion authentique ou une charge dûment orchestrée à l’endroit d’un régime qui cloue son peuple à une déréliction endémique, entre alcoolisme et misère.

Semianiki (la famille)
De et par Alexander Gusarov, Olga Eliseeva, Marina Makhaeva, Yulia Sergeeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova
Scénographie : Boris Petrushanskiy
Lumières : Valery Brusilovskiy
Habilleuse : Anna Mamontova
Jusqu’au 2 juillet
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h, relâche les lundis et les 8 mai et 2 juin

Théâtre du Rond-Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21 ou 0 892 701 603
Site web

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