Théâtrorama

Les frères Forman nous invitent dans leur imaginaire forain, peuplé d’étranges créatures. Un cabaret de curiosités plein de charme d’antan qui convie le bizarre, le monstre et le rêve.

Dans l’antre du chapiteau, on pénètre par petits groupes et à pas de velours, accueilli par une silhouette masquée. Il fait sombre. On se serre les uns contre les autres et on patiente sur de petits bancs. Dans l’obscurité, le chapiteau de poche prend des allures de manège fantastique. Quelques personnages masqués s’emparent du plateau tournant, telles des soldats de plomb échappés de leur boîte à musique. A l’étage, un homme perché sur des échasses s’approche des spectateurs. Des bras activent des manivelles pour éclairer les lieux. Etrange. Petits et grands, notre curiosité est aiguisée. On observe attentivement les yeux grands ouverts et on s’interroge : que se trame-t-il ?

Crédit photo Christian Berthelot
Crédit photo Christian Berthelot

Au pays des merveilles

Arrive alors une femme-panthère craintive, qui rôde et renifle vers les spectateurs. Puis surgissent une femme-sirène désoeuvrée parmi un cortège de poissons luminescents, trois grosses têtes naïves et impassibles, un molosse en culotte de cuir noir amouraché d’une femme à barbe… Nous voilà embarqués avec bonheur dans un monde de bizarreries et de rêve, un cabaret de curiosités (Obludarium signifie un monde de monstres en tchèque) habitées par d’étranges créatures éclairées par des lanternes à dynamos. Et on reste scotché. On se frotte les yeux. C’est magique. Les fils jumeaux Forman du cinéaste tchèque Milos Forman signent là une petite merveille de poésie. Ça respire le pays de notre enfance. Sous le petit chapiteau, on se sent bien parmi ces personnages intrigants, hors normes. On les prend même en affection et on s’évade avec eux.

Crédit photo Raynaud de Lage
Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

En Monsieur Loyal, Petr Forman aux élans flegmatiques sait y faire et emmène le public dans son imaginaire forain, accompagné par un orchestre de six musiciens à l’estrade. Chaque numéro de haute qualité monté de bric et de broc s’enchaîne, semblant tout droit sorti d’un songe fantasmagorique : une jeune mariée pivote sur elle-même, laissant apparaître sous sa longue jupe blanche des chevaux en ombres chinoises; le public mise sur de faux Frères Jacques qui improvisent, au rythme des paris, quelques claquettes ; une cavalière se hisse sur un cheval de bois grandeur nature…

Durant cette traversée chimérique, on ne peut s’empêcher d’être particulièrement attendri par ces trois grosses têtes tchèques ingénues, qui font penser à de petites gens complètement paumées. Rien ne semble les perturber, les agiter. Leur force burlesque, ces poupées humaines (qui rappellent l’immense savoir-faire des marionnettistes Matej et Petr Forman) la puisent dans leur inertie. Sans relâche, chacune fuit à pas d’escargot la minuscule chaise sur laquelle un homme cherche à les installer. L’une d’elles se mouche lentement et enfonce dans ses narines un mouchoir blanc, jusqu’à le faire disparaître. Le trio émouvant termine le spectacle assis à écouter de la musique, sur un gramophone à cornette, en essuyant quelques larmes. Après le rêve et l’émotion, place à la buvette, servie sur la piste par les artistes eux-mêmes. Histoire de prolonger encore un peu cette douce parenthèse.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Obludarium:Théâtre des frères Forman (site web)

Scène nationale de Sénart

Sous chapiteau, Allée des Chênes – Cesson La Forêt (77)

Jusqu’au 06 février 2010

Réservations : 01 60 34 53 60

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