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« L’humanité du clown va peut-être ne plus suffire à amortir la tragédie humaine »

Le clown a changé. Jadis, il nous faisait rire à chaudes larmes. Il était un accessoire du spectacle de cirque. Dorénavant, il investit seul la scène (d’un théâtre, le plus souvent) et devient le centre du spectacle. Alain Gautré, acteur, auteur et pédagogue, revient sur l’histoire du clown dans son spectacle « Le gai savoir du clown, Conférence drôlatique » programmé dans le cadre du festival « Le clown fait le Byland », au théâtre de l’Epée de Bois. Rencontre.

Pourquoi avoir écrit un spectacle autour de l’histoire du clown ?
« Peu de gens connaissent l’évolution historique du clown, depuis sa naissance jusqu’à ses développements les plus contemporains. Il existe notamment une grande confusion entre les figures du clown blanc et de l’auguste. Jacques Lecocq a aussi contribué à brouiller les cartes. A partir de 1962, il invente une pédagogie du clown, qui repose en réalité sur un travail autour de l’auguste. »

Un projet ambitieux, non ?
« Le spectacle offre quelques repères historiques, mais j’ai tenu aussi à monter une pièce qui repose sur une histoire, des personnages, des rebondissements…ça reste un spectacle ! Mon personnage (Alain Gautré) revêt certains de mes traits de caractère, mais en pire. Il est plus obsédé par la figure du clown. Il déteste l’auguste et a un ennemi fondamental, c’est Grock. Car c’est lui le premier qui s’est séparé du clown blanc. Depuis plusieurs années, le clown a quitté la piste pour construire son propre spectacle. C’est une (r)évolution de taille… Au cirque, le clown existe pour soulager la tension que les spectateurs éprouvent au moment des numéros. Dès qu’il s’échappe du cirque, il devient un personnage à part entière, le centre du spectacle. Il ne s’agit plus alors d’imaginer des entrées clownesques qui durent entre 7 et 13 mn environ, mais d’écrire un spectacle d’au moins une heure. Et, ça change tout ! Il a fallu inventer une nouvelle écriture. »

Autre nouveauté : l’arrivée des femmes clowns. Qu’en pensez-vous ?
« C’est une bonne chose, bien sûr. Il y a eu dans l’histoire du cirque, semble-t-il, de rares clowns féminins, mais elles étaient déguisées… en hommes. L’évolution artistique accompagne l’évolution de la société actuelle. Tout logiquement, on a vu arriver des générations de femmes clowns, comme Laura Herts, Colette Gomette, Rosie Volt, Emma la Clown, Jackie Star… Elles apportent un éclairage nouveau, étoffe l’univers du clown et ouvre le champ des directions… »

Des clowns rustres, méchants voire « trash » voient aussi le jour. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
« Chaque grand clown repose sur un fond tragique. Mais, c’est aussi une question d’époque, selon moi. La société devient si violente, c’est normal que des jeunes clowns travaillent sur l’acidité. Lecoq a réinventé le clown en 62, mais aussi le bouffon en 76. Selon lui, la différence, c’est qu’on rit du clown et le bouffon rit de nous. Je pense que certains artistes (Proserpine, Damien Bouvet, Ludor Citrik, Bonaventure Gacon (Boudu)…) mettent de l’acidité bouffonne dans leur clown. Parce que l’humanité du clown va peut-être bientôt ne plus suffire à amortir la tragédie humaine. »

Quel regard portez-vous sur le clown traditionnel ?
« Un regard bienveillant. Dans mon spectacle, je montre ce type, Alain Gautré, qui se fige sur l’image du clown blanc et qui refuse que cela change. En réalité, la fable du « gai savoir du Clown », c’est que tout bouge. Il s’agit d’une évolution du métier de clown, pas d’une rupture. C’est cela qui est important de comprendre, on doit beaucoup à tout le monde. »

[note_box]Le gai savoir du clown, Conférence drôlatique
d’Alain Gautré, Pierre-Yves Massip et Éléonore Baron
Avec Alain Gautré
Crédit photo: Catherine Oliveira[/note_box]

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