Théâtrorama

Work in progress, ça bûche dur

Les bricoleurs du dimanche et les amateurs de l’absurde qui aiment bien sortir des clous frôleront l’extase avec cette troisième création du facétieux circassien Claudio Stellato, qui persévère, après les stères entassés de son précédent spectacle La Cosa, à travailler la matière dans sa relation au corps. On quitte ici l’univers de bûcherons pour se concentrer sur un monde fantaisiste du bricolage, peuplé de créatures étranges semblant sorties d’une toile surréaliste. Performance un peu marteau et sans langue de bois, le public finit plié en quatre dans cette joyeuse orgie organisée qui va du chemin de croix à la Passion… 

De l’artiste à l’artisan

De l’art de planter un clou… Sur scène se tient un homme à tête de kangourou, presque dans son plus simple appareil, mis à part un slip… kangourou, lui aussi, fort seyant. Bref, la parfaite tenue pour bricoler de manière un peu bestiale. Deux tréteaux soutenant une planche en bois massive et une rangée de clous. Armé de deux marteaux, l’être hybride aux faux airs de donneurs de cadence de galères, s’active en rythme pour planter ses clous comme sur un xylophone aux notes moins mélodieuses. Le geste se répète, la matière se transforme sous les coups. Le public se demande, perplexe, si tout le spectacle va se résumer à cette mécanique percutante. 

Et dans ce tête-à-tête entre le corps en plein effort et la matière qui tente de résister, l’improbable surgit, deus ex machina, mais avec beaucoup d’outils et de peinture pour pousser la séance à l’extrême. De véritables tableaux vivants se dessinent alors sous nos yeux, dans un frénétique mélange des arts plastiques, de la danse et du cirque. La matière finit par se laisser apprivoiser face aux assauts à répétition de personnages, eux aussi fabriqués de bric et de broc. Du burlesque en barre et une déconstruction du décor qui doit donner bien du pain sur la planche pour la phase de nettoyage. La performance devient christique, ce qui n’a rien d’étonnant face à ceux qui élèvent le bricolage au rang de religion du dimanche. À chacun sa messe… jouant sur le désordre jusqu’à la folie, pour écrire une poésie de l’art brut.

  • 18 (titre provisoire)
  • Cie Claudio Stellato
  • Conception et mise en scène : Claudio Stellato
  • Interprètes : Joris Baltz, Oscar De Nova de la Fuente, Mathieu Delangle, Nathalie Maufroy
  • Durée : 45 minutes
  • Crédit photos: Ange Lise
  • Vu au festival Panique au dancing à Niort
  • Au Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, le 17 octobre à 19h et le 18 à 21h à la Vacherie

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