Théâtrorama

Le talentueux collectif AOC dévoile une face sombre dans ce spectacle peuplé de figures survoltées et révoltées. Cette gravité finit par lasser un peu. Dommage.

Au début, les artistes sont allongés sur scène, dans la pénombre. Une planche en acier se dresse à la verticale, au milieu d’eux. Puis vlan, des corps se déchirent, valdinguent, se propulsent dans une frénésie qui surprend. Tout va très vite. La piste devient une vaste poubelle et l’homme, un détritus parmi les déchets qui s’amoncellent (matelas, bassines, tubes métalliques…). Projetée d’une trappe raccrochée aux gradins, cette communauté d’êtres esseulés, mue par la révolte et accoutumés à la douleur semble-t-il, se démène dans une urgence quasi mécanique. Tous sont comme anesthésiés. Rien ne semble les toucher dans leur chair.

Le cri étouffant d’une révolte intérieure
Rien n’arrête donc cette épopée infernale : d’un coup, une femme fébrile s’agite sur un trampoline. Une cuisinière hache avec rage un chou rouge. La musique pesante et assourdissante, magnifiquement interprétée par le musicien Jules Beckman, finira-t-elle par sonner le glas ? Cet homme inquiétant, sorte de grand-maître des hostilités, mène la barque (au naufrage) à sa guise. Les scènes sont sombres, voire morbides. On l’a compris, dans ce spectacle créé en 2009, le collectif AOC a décidé d’opérer un virage radical, loin de ce dont il nous avait habitués dans La Syncope du 7 et Questions de direction. Cette fois, pas question de batifoler : « Après avoir longtemps montré une facette joyeuse, nous avions envie de passer à autre chose et d’exprimer des émotions plus fortes, plus violentes. On souhaitait faire partager une sorte de révolte intérieure. La société n’est pas tendre et nous voulions crier notre rage », expliquait le collectif au festival Circa, l’an dernier.

Le message est passé. Heureusement, des scènes viennent apaiser la tourmente, comme le duo au trapèze ballant ou le numéro à la corde. De l’air, bon sang. On aurait parfois envie de souffler au collectif d’alléger un peu tout ça. Est-ce besoin d’insister autant, sans la moindre lueur d’espoir ? Faut-il que le cirque engagé soit à ce point sombre ?

Autochtone
Du collectif AOC.
Village de cirque. Pelouse de Reuilly – Paris 12.
Jusqu’au 31/10. A partir de 8 ans.
Tél. : 01 46 22 33 71 ;
Plein tarif : 17 €. Tarifs réduits : 12, 8 et 6 €.
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