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Robert Castle, ou l’enfance de l’art

robert castle

Les méthodes d’apprentissage du jeu dramatique à l’américaine – mal connues en France, -suscitent à la fois fascination, fantasme et méfiance. On songe bien sûr à l’actor’s studio, qui a révélé tant de grands comédiens. Mais on songe aussi à l’investissement total qui est demandé aux étudiants en art dramatique, investissement qui pourrait parfois les entraîner sur une pente psychologique dangereuse. Qu’en est-il exactement ? Un de nos chroniqueurs s’est plongé pendant quelques jours dans le stage organisé par Robert Castle et sa collègue Alejandra Orozco à Paris. Loin des fantasmes, il y a vu s’épanouir une méthode généreuse et respectueuse de l’acteur.

L’un des reproches qui a été fait – et souvent à raison – à la Méthode de Lee Strasberg est de chercher à plonger en soi trop profondément afin de nourrir la composition du personnage, et ce sans véritable garde-fou. Je m’attendais donc à trouver dans ce stage une méthode d’exploration intéressante mais propre controversée. Or, au sein de l’actor’s studio, chaque professeur peut développer et améliorer sa pratique en fonction de son ressenti et de son vécu professionnel. Ici, s’affranchissant de l’injonction aux souvenirs intimes, le maître de stage invite chaque participant à inventer les souvenirs de son personnage en s’appuyant sur le développement d’une intelligence organique.

Stage Robert Castle

Le résultat est intéressant. En effet les participants, affranchis du danger d’un recours à des souvenirs personnels – souvent méconnus d’eux-mêmes et parfois dévastateurs – se mettent librement en quête de leur personnage. Ils sont invités à imaginer sa vie dans tous ses détails, ils le composent ainsi que son environnement, son histoire, sa trajectoire. Les participants sont probablement moins amenés à croire à leur propre importance, comme les souvenirs personnels pourraient les y inciter. La source de l’imaginaire est déplacée, en somme. Elle veut éviter de partir de l’égo de l’acteur.

La méthode comprend plusieurs étapes entremêlées qui accompagnent la progression de l’acteur. La matinée est consacrée à des exercices de développement du ressenti. Souvent menés par Alejandra Orozco, ces explorations émotionnelles sont combinées à des exercices de détente physique. Le but est que le comédien soit de plus en plus disponible au ressenti. Une fois cette disponibilité à l’émotion acquise, Alejandra Orozco entraîne les participants dans des récits qu’ils pourront éventuellement ressentir physiquement, ce qui les encouragera à développer une intelligence organique.

Un acteur est toujours amené à composer un personnage, certes, mais il doit, selon le maître de stage, lui trouver une vérité ressentie plus profondément. Les comédiens stagiaires ont fait état d’une différence entre une première étape laborieuse et une liberté de jeu peu à peu développée.

Atteindre le jeu, atteindre l’autre

Stage Robert Castle

Le choix des textes, quant à lui, obéit à trois objectifs. Le premier, c’est que les comédiens doivent pouvoir se confronter à de grands textes qu’ils ne croiseront pas forcément dans leur carrière. Ensuite, ces textes doivent être écrits pour les acteurs, pour leur laisser la possibilité d’une performance. Enfin ces textes sont choisis parce qu’ils comportent un certain nombre de pièges, dans lesquels chaque interprète commencera par tomber. Après la chute, tout le travail de l’interprète consistera à se sortir du cliché auquel il a très souvent recours dans un premier temps. Et il pourra s’en sortir à l’aide des possibilités présentes dans les textes mêmes.

Chaque comédien dispose d’un monologue et d’un dialogue, ce qui peut l’amener à mêler deux expériences au profit l’une de l’autre. Le monologue permet au comédien de s’explorer lui-même. La scène dialoguée lui permet d’approfondir sa recherche en la mettant en mouvement avec son partenaire. Le but est que la relation avec le partenaire de jeu atteigne, au fil des journées de travail cette dimension organique que l’acteur aura d’abord expérimenté seul. Lorsque les deux partenaires se retrouvent grâce à leur travail imaginaire et physique, en état de véritablement échanger, alors le potentiel de leur interprétation peut s’en trouver accru. L’acteur est donc amené à ressentir organiquement la nécessité de son partenaire. Il aura sans doute moins la tentation – souvent guidée par la peur de ne pas être vu – de tirer la couverture à lui.

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Les acteurs sont invités à la fois à développer leur potentiel personnel et à comprendre que ce potentiel se développe davantage quand il fait l’objet d’un véritable dialogue avec les partenaires de jeu. L’acteur prend conscience du groupe, le groupe prend conscience du plateau. Le texte les emmènent et le théâtre peut commencer.

• À venir en avril, une interview de Robert Castle et d’Alejandra Orozco.

• Crédit photo : Alejandra Orozco

• Plus d’infos: International Theatre New York

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