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Pièce en plastique déménage

Pièce en plastique de Marius Von MayenburgPièce en plastique de Marius Von Mayenburg – L’Arche Editeur. Mayenburg, une fois de plus, fait le ménage dans les stéréotypes d’une société un peu trop bien rangée, pour décaper le vernis des conventions. Il est passé maître dans l’art de placer le petit grain de poussière abrasif qui va venir dérégler le portrait idyllique pour faire surgir les immondices de sous le tapis.

Comédie décapante

Une famille bien sous tous rapports. Enfin presque. Michael et Ulrike, couple un brin bourgeois bohème, ne savent plus où donner de la tête. Travail prenant, un fils en période de puberté, sans parler du chef d’Ulrike, Haulupa, artiste plasticien, qui a bien du mal à délimiter les contours entre vie professionnelle et vie privée et qui envahit dangereusement l’intimité du couple. La solution ? Engager une femme de ménage pour les soulager dans leur quotidien. Il tombe donc sur Jessica qui s’intègre parfaitement au puzzle de cette pièce en plastique.

Pièce en plastique corrosive

Mais la perle rare, qui devient de plus en plus indispensable à l’édifice de la famille, commence à occuper plus d’espace malgré elle. Une placidité passive, une plasticité maximale qui devient matière à discussion au sein de ce microcosme sociétal. Comment bien la traiter sans dépasser la frontière ? Passer du « vous » au « tu » sans pour autant transiger sur les tâches à effectuer, se faire servir mais avec humanité, sans perdre sa bonne conscience, tout en faisant de cette invisible qui prend de plus en plus de place, un témoin des conflits latents qui remontent à la surface en remugle aigre.

« Je regarde Jessica en train nettoyer le sol à quatre pattes, tandis que la nourriture de Michael vole autour de moi, et tout à coup, tout est clair : c’est ça que je veux voir. Exactement ça. C’est exactement ça que je veux montrer. Une femme qui fait le ménage. Une femme qui nettoie tout ce que nous salissons. Notre saleté. La saleté de notre civilisation. C’est de la plastique sociale…», dit Haulupa, tout autant séduit par la plastique avantageuse de Jessica que par la symbolique artistique qu’elle incarne. Il décide d’en faire sa muse performeuse, faisant voler en éclat le schéma bien établi du couple.

Réflexion à l’acide sulfurique et sulfureux, Pièce en plastique lessive les clichés à grand coup d’absurde. Le personnage de Jessica devient une surface lisse qui réfléchit les angoisses et les contradictions de cette famille en apparence trop bien-pensante et qui avale les humiliations involontaires sans les digérer. Et comme bien souvent dans les pièces de Mayenburg, la désintégration progressive se matérialise après une dissection à vif des ressorts psychologiques.

Pièce en plastique
De Marius Von Mayenburg
Traduit de l’allemand par Mathilde Sobottke
Visuel: Affiche de la mise en scène de la Cie Gianni Schneider
L’Arche Editeur –  96 p – 13 €

 

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