Théâtrorama

Le théâtre Vivant pose ses malles au théâtre de la Tempête avec un texte d’Eduardo De Filippo dans une mise en scène d’Anne Coutureau : Naples Millionnaire ! Cette pièce traduite et jouée dans le monde entier, adaptée au cinéma, à la télévision et à l’opéra était jusqu’aujourd’hui inédite en France.

Dans l’Italie des années 40, le peuple est la proie de la guerre et des fascistes. Le quotidien est devenu une crainte perpétuelle ponctuée par les sirènes annonçant les bombardements. Les petites gens doivent se battre pour assurer leur survie. La famille Jovine se consacre au marché noir malgré les réticences du père de famille, droit et juste. Mais ce dernier disparaît deux ans, arrêté et déporté dans un camp d’où il finit par s’enfuir. Après avoir sillonné une Europe ensanglantée il retrouve les siens. Il ne reconnaît plus sa maison. Sa femme a fait fortune grâce au marché noir et son fils s’est fait voleur. Cette confrontation entre une famille de parvenus et un père dépouillé va souligner le dispositif de l’aveuglement moral. La guerre touche alors à sa fin. Le plus difficile semble passé. Semble seulement car ce qui reste à faire détermine l’avenir de tout un peuple. L’heure est à la reconstruction. Et le travail à réaliser dans ce domaine équivaut à l’horreur de la guerre. Les hommes doivent se relever et pour ce faire ils leur faut commencer à reconstruire les consciences.

« Il faut que la nuit passe. »
Dans la grande tradition du théâtre populaire, dans laquelle s’inscrit nettement ce spectacle, nombreux sont les écueils. Le risque est grand de tomber dans la caricature. C’est tout l’inverse qui se produit avec Naples millionnaire ! Le texte de Eduardo De Filippo propose un regard libre sur une situation et une époque qu’il interroge. La mise en scène n’impose rien qui pourrait alourdir cette démarche. Le travail d’Anne Coutureau vient caresser le texte et lui donner toute sa résonance. Tout dans ce spectacle concoure à développer une tension dramatique qui va crescendo. Des corps jusqu’aux silences. Tout est tenu, d’un bout à l’autre, dans une cohésion de troupe qui rend l’ensemble évident. Pas un détail ne fait défaut, la maîtrise est parfaite. C’est en assistant à de tels spectacles que l’on prend conscience de ce que peut être le théâtre quand il se fait l’art du présent et du vivant.

L’humour ne fait pas défaut dans ce texte aux accents plutôt dramatiques. La mise en scène se montre généreuse à ce niveau. Il faut souligner également la fabuleuse énergie de troupe. Chacun des treize acteurs tient sa partition avec une justesse redoutable. Sacha Petronijevic, qui interprète Gennaro Jovine, le père de famille, s’impose avec une force de jeu déroutante. Il fallait bien un comédien de cette carrure pour interpréter ce personnage sensible à travers lequel transparaît la pensée de l’auteur.

Le regard porté sur la société d’après guerre est précis alors même que la pièce a été montée en 1945 pour la première fois. Les propos de l’auteur avaient quelque chose de visionnaire. La reconstruction, c’était sans aucun doute une idée phare à ce moment là. Mais le travail de reconstruction des consciences qu’il propose à travers la bouche du personnage de Gennaro Jovine, voilà un sujet qui allait alimenter les esprits jusqu’à nos jours. Et si l’on ne peut pas se permettre de comparer la société en guerre avec celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui, certaines idées développées dans ce spectacle ont un écho tristement brûlant avec notre actualité, dépourvue de morale à bien des égards.

[note_box]Naples millionnaire !
Texte de Eduardo De Filippo
Traduction de Hugette Hatem
Mise en scène de Anne Coutureau assistée de Amélie Cayol et Isabel de Francesco
Scénographie de Elodie Monet
Lumières de Patrice Le Cadre
Son de Jean-Noël Yven
Costumes de Philippe Varache
Maquillage et coiffure de Solange Beauvineau
Avec Eloïse Auria, Pierre Benoist, Francesco Calabrese, Patrice Courteix, Cécile Descamps, Emmanuel Gayet, Pascal Guignard, Gaëtan Guilmin, David Mallet, Pauline Mandroux, Sacha Petronijevic, Sophie Raynaud, Perrine Sonnet
Crédit Photo: Svend Andersen[/note_box]

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