Théâtrorama

Les Démineuses

Et il suffit pourtant d’un faux pas pour finir six pieds sous terre, quand on endosse la responsabilité d’être démineur. De la réalité à la fiction, le projet, qui aurait dû prendre la forme d’un documentaire, s’inscrit dans cette rentrée théâtrale comme une des pièces les plus marquantes à l’affiche.

L’après-guerre comme une reconstruction qui dessine un nouveau visage à un pays fracturé… Les affrontements ont cessé le 14 août 2006 entre Israël et le Hezbollah. Mais le combat continue pour les civils, sur le terrain, pour désamorcer les deux millions de mines antipersonnel, qui ont été distillées comme un poison meurtrier sur tout le territoire libanais. En 2009, vingt-sept équipes de démineurs, sont financées par des ONG européennes. Parmi elles, des équipes formées uniquement de femmes, qui ont décidé de prendre le destin de leur Nation et plus encore, celui de leur vie, en main. Ces démineuses, la réalisatrice Milka Assaf, les a écoutées pour recueillir des paroles de femmes qui racontent leur quotidien, souvent miné, mais aussi leurs rêves et leurs espoirs de tracer les contours d’une nouvelle société. La pièce mêle habilement faits réels et fiction, dans une scénographie qui place le spectateur sous tension.

« Déminer notre sol et nos vies… »
La motivation de Shéhérazade, Salma, Raja, Leila et Amina pour faire un métier qui met leur vie en danger chaque jour ? Le salaire de 900 $, payé par l’ONG scandinave, qui résonne comme une promesse de liberté, tout en leur donnant l’assurance d’exercer un métier respectable. L’argent devient le moteur qui permet de réaliser leurs rêves, comme s’exalte Lina, la nouvelle recrue, charmant par sa jeunesse rayonnante qui a l’avenir en étendard : « Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de mal vivre ! »

Mais au-delà de l’argent, c’est l’amitié qui les unit et une formidable solidarité de femmes qui ont appris à dépasser leurs différences de points de vue et leurs divergences religieuses. Quand elles retirent leurs équipements de démineuses, il reste l’humour, l’entraide et les confidences qu’elles se font entre les pauses nécessaires pour garder une concentration vitale à leur sécurité.

Les images du Liban en fond de scène et les gestes du déminage, exécutés comme une chorégraphie cérémonieuse qui se répète en rituel hypnotique, plonge le spectateur dans cette géographie du risque. Et pourtant ce sont bien ces femmes qui donnent le rythme, de leurs petites joies à leurs peines morcelées qui les soudent davantage. Le texte est lumineux, et même quand le fil de l’histoire s’assombrit pour déterrer des désespoirs délétères, le spectateur se nourrit de cette formidable énergie qui se dégage des six comédiennes ; et qui laisse à penser que si les chaînes de télé ont refusé le documentaire, le théâtre a gagné un bel espoir de nomination pour les prochains Molière.

[note_box]Les Démineuses
Texte et mise en scène de Milka Assaf
Avec Sabrina Aliane, Nawel Ben Kraiem, Sophie Garmilla, Ibtissem Guerda, Marine Martin-Ehlinger, Taïdir Ouazine
Chorégraphie : Nabih Amaraoui
Vidéo : Milka Assaf et Frédéric Bures
Lumière : Laurent Béal
Musique : Hélène Blazy et Bruno Letort
Costumes : Sandrine Paccou
Crédit photo : Vincent Marit[/note_box]

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