Théâtrorama

Une vidéo en page d’accueil comme un signal d’alarme tiré par l’équipe du Lucernaire. « Avec votre soutien le théâtre du lucernaire doit pouvoir continuer », scandent les comédiens, metteurs en scène et partenaires du théâtre. Le soutien et les encouragements, le Lucernaire n’en manque pas. S’il était possible de vivre avec des encouragements, le Lucernaire serait riche à cette heure. Le nœud administratif du problème qui n’arrive pas à se démêler depuis 4 ans se concentre dans l’obtention de subventions qui permettraient de donner une bouffée d’oxygène à la création mais surtout de sauver cet espace mythique de la fermeture.

lucernaire devantureLe lucernaire, chronique d’une mort annoncée ? «On a décidé que le lieu ne fermerait pas, interviennent Denis Roland, coordinateur artistique du Lucernaire et Philippe Person, dont la compagnie est en résidence au Lucernaire et qui a été tout récemment nommé coordinateur artistique du théâtre. Si nous étions dans une logique purement commerciale, le Lucernaire fermerait. Mais nous avons le soutien et la confiance du groupe HDP, qui a racheté le Lucernaire en 2004. Si on veut que ce lieu ait une certaine tenue en terme de qualité et de création, on ne sera jamais bénéficiaire. Il nous manquera toujours 150000 € chaque année. C’est une perte modérée que le groupe a accepté de compenser en attendant une subvention du même montant. » Le rachat du Lucernaire avait fait sauter les subventions allouées au lieu. Créé en 1968 par Christian Le Guillochet et Luce Berthommé, le lieu, qui finit par s’installer sept ans plus tard dans une ancienne usine, devient vite un espace d’émulation culturelle et de rencontres artistiques. Les menaces financières avaient déjà mené les pouvoirs publics a octroyé à ses propriétaires une subvention conséquente de 600 000 € en 1982. Elle est réduite de moitié en 2003 avec l’annonce du départ de Christian Le Guillochet et supprimée au rachat du lieu en 2004. La raison donnée par les pouvoirs publics ? Il n’est pas question de subventionner un lieu dont on ne connaît pas les intentions du racheteur. Un bon point côté stratégique pour se désengager en douceur.

Effervescence dans la ruche
lucernaire fontL’équipe a donc décidé d’avoir l’humilité du puceron pour faire ses preuves et la pugnacité de l’abeille au travail pour restaurer cette ruche culturelle. Pari incontestablement réussi ! « Nous avons commencé par rénover l’image de lieu, à mettre les comptes au clair et à les communiquer dans un souci de transparence parce que ce lieu plus qu’un autre le mérite vu son passé et son passif, explique Denis Roland. Nous sommes parvenus à doubler la fréquentation du lieu, à mettre 50% de création en plus dans notre programmation théâtre et à développer une programmation jeune public. De 50% de films d’art et essai, nous somme passés à 99%. On a également remis la galerie en route. La presse est revenue peu à peu et les diffuseurs également. Pour exemple, les spectacles jeune public du second semestre de l’année dernière ont été captés dans d’autres lieux prestigieux, comme La Fée aux gros yeux au théâtre des Mathurins. Notre priorité est de maintenir la qualité artistique du Lucernaire tout en apportant aux compagnies des conditions d’accueil optimales. Si on veut vendre des cacahuètes et faire du music hall, c’est faisable et c’est rentable, mais ce n’est pas ce qu’on a envie de faire. Nous donnons leur chance aux jeunes compagnies, nous prenons des risques sur certains spectacles. » Le Lucernaire est plus qu’un théâtre pour les mille personnes en moyenne qui se croisent chaque jour, c’est un lieu de vie culturelle. Vous venez pour un théâtre ou un cinéma, vous vous attardez sur la dernière expo photo qui joue les préambules artistiques de la soirée, vous jetez un coup d’œil sur le coin librairie et finissez par prendre un verre au bar. « Le Lucernaire mélange les générations. C’est une source de dynamisme et d’inspiration réciproque, s’amuse Denis Roland ». Les artistes sont ouverts à leur public et les rencontres enrichissantes. Le Lucernaire reste avant tout accessible à tous. « On essaie bien qu’étant dans un quartier privilégié et favorisé de toucher d’autres publics, intervient Denis Roland. Nous passons tous les ans une convention avec l’Académie de Paris et de Créteil, pour contribuer à la formation du jeune public des quartiers défavorisés. Nos comédiens se rendent dans les écoles, les élèves viennent découvrir le théâtre, discuter avec les professionnels, assister à un spectacle. »

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Subventions en suspend
Un plan Marshall du Lucernaire qui est resté lettre morte dans les dossiers de subventions. «La première année, nous n’avons pas fait de demande de subventions, souligne Denis Roland. Nous voulions faire nos preuves et montrer l’orientation que prendrait le Lucernaire. La 2eme année, nous avons reçu beaucoup d’encouragements et une petite aide de la région pour la rénovation du lieu. La 3eme année, on nous a répondu que le Lucernaire était en bonne voie pour la subvention et qu’on nous aiderait un jour. La 4eme année, après deux ou trois années de purgatoire on nous dit qu’on est en enfer et que la Drac ne nous aidera jamais. On lui avait pourtant proposé un projet précis en expliquant toutes nos répartitions des frais et l’usage au centime près des subventions. » Les excuses ne manquent pas pour ne pas mettre la main au portefeuille : plus d’argent, le Lucernaire est un nouveau lieu (première nouvelle !) et on ne subventionne pas les nouveaux lieux (ce qui est tout à fait inexact).

La mobilisation est en marche
lucernaire expo tableLes pouvoirs publics se renvoient la patate chaude, en espérant que les portes fermées refroidissent le Lucernaire. « On ne demande que 5 à 10% de notre budget, ce qui représente 150 000€. C’est une demande raisonnable, insiste Denis Roland. On ne demande pas qu’ils bouchent nos trous. » En comparaison, le théâtre de la Colline reçoit 8,9 millions d’euros de subventions annuelles. Une goutte d’eau financière, donc, qui permettrait au Lucernaire de sortir du casse-tête budgétaire. Leur recours possible ? Aller frapper à la porte du Ministère de la culture, même si obtenir un rendez-vous relève du parcours du combattant. « Depuis 1 an, toute démarche administrative simple est vouée à l’échec pour l’obtention de subventions, rappelle Denis Roland. On nous a dit de manière informelle qu’il fallait qu’il y ait une démarche politique pour que le dossier avance. Nous avons déjà essayé d’attirer l’attention des institutions politiques sur notre situation mais en vain. » La Mairie de Paris, qui verse déjà une subvention pour l’activité cinéma, semble avoir entendu l’appel du théâtre et souhaite s’engager dans une procédure d’aide au Lucernaire. Tout est une question de temps. La conjoncture actuelle n’est pas forcément favorable pour que les pouvoirs publics placent le Lucernaire dans leur priorité budgétaire. La situation devient pourtant urgente et la méthode douce risque de se durcir pour faire bouger les lignes de décisions.

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