Théâtrorama

Rencontre au sommet d’une comédienne sublime et d’un texte richissime, cette « Apprentie sage-femme » constitue une vraie et bonne surprise de cet automne théâtral. Coup de cœur absolu.

Cette Alice-là n’arrive pas du pays des merveilles. Plutôt celui des merdouilles. Pour ne pas dire des merdes tout court. « Cafard de fumier » sera le premier sobriquet qu’elle entendra de sa vie. Cafard ? Ca doit rappeler des souvenirs aux lecteurs de Dostoïevski. Alice pourrait bien être tout droit sortie en effet de « Crime et châtiment ». Humiliée et offensée par celle qui finit par la prendre sous son toit mais guère sous son aile, La Pointue, sage-femme de son état, elle grandit, voit défiler les saisons dont elle puise tant bien que mal un bonheur fugace, un détail qui embellit son existence. « Le soleil revient toujours » dit-elle… Sa patronne lui refuse le droit d’apprendre. Elle apprendra seule…

Il y a dans l’interprétation prodigieuse que propose Nathalie Bécue de cette anti-héroïne dont les traits ne sont pas sans rappeler certaines femmes chez Flaubert (« Un cœur simple » par exemple), un mélange savamment dosé d’humanisme et d’acceptation des conditions inhumaines d’existence. Il fallait trouver ce juste milieu pour ne sombrer ni dans le pathos ni dans la chronique d’une haine misanthropique. En soulignant, au détour d’une fin de phrase, le comique à force d’être tragique de certaines situations, la comédienne désamorce tous ces risques que le texte sous-tend.

Un parcours initiatique
Ainsi cette créature qui pourrait aussi sortir de l’univers de George Sand (il est beaucoup question de sorcellerie) devient sous les traits de Nathalie Bécue l’authenticité absolue, la rusticité et même une forme de candeur qu’induisent ses origines. Mais sans jamais céder à une quelconque forme de folklore pour gogos parigos en mal de sensations provinciales, elle trouve la juste mesure pour ancrer son personnage dans la glaise de son pays. Vêtue avec la sobriété de la paysanne, entourée d’un décor d’une rusticité totale (une table, une cruche, un peu de vaisselle), elle se fait la conteuse d’un parcours initiatique confondant de sincérité. Un parcours fait de découvertes, où le détail transcende l’universel (le peigne en cadeau), où le quotidien devient aventures et déferlement de sensations (le marché), où l’esprit de clocher côtoie la mondialité. Du cul de basse fosse à la sanctification. De la larve au papillon. De l’animal à l’humanité… Un diamant brut…

[note_box]L’apprentie sage-femme
De Karen Cushman
Mise en scène : Félix Prader
Adaptation : Philippe Crubézy
Avec Nathalie Bécue
Création lumière : Cyril Hamès[/note_box]

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