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1ère édition réussie pour le Festival International d’Art Performance

1ère édition réussie pour le Festival International d’Art PerformanceSous l’impulsion énergique d’Annabel Guérédrat et Henri Tauliaut (artistes et programmateurs) s’est tenue, fin avril, à Fort de France, la première édition du Festival International d’Art Performance. Tous deux ont eu (l’excellente) idée d’investir un seul et même lieu : l’hôtel Impératrice. Dans ce petit écrin décoré en hommage à celle qui est née Joséphine de Beauharnais, ils ont convié la fine fleur de l’art performance internationale. Tables rondes, performances in-situ, projections, un programme chargé à l’apparent éclectisme…

Diversité pour le FIAP

Venu-e-s du Chili, des Etats-Unis, du Portugal ou des Caraïbes, ces artistes ont interrogé dans leur pratique les rapports homme-femme, les dominations coloniales et post-coloniales, les violences vécues par la Terre, les migrant-e-s. Les sujets sont lourds, violents, mettent souvent mal à l’aise. On retiendra une image forte et qui semble comme métonymique de ce festival. Paré d’un costume blanc, d’homme à tout faire, Nuygen Smith, crache sur le miroir qu’on lui tend. Il regarde cette image de lui altérée, salie, humiliée, puis s’y frotte le visage comme pour se réapproprier ce qui lui a été dérobé. C’est l’histoire des dominations, des rapports de classes, de « races » et de genres qui est conviée en un instant. Se défaire des images préconçues, les transformer, les interroger, en construire, voilà semble-t-il ce que doit être la performance.

Des jouets, de la musique et le monde entier

Si nombre de propositions ont pu susciter notre intérêt au Festival International d’Art Performance, on aura surtout retenu deux performances bouleversantes l’une de Nancy Gewolb, l’autre d’Ayana Evans. La première est l’une des figures pionnières de l’art performance au Chili. Aujourd’hui âgée de 80 ans, elle a continué de performer sous la dictature de Pinochet dans des actions artistiques d’une violence et d’une poésie rares. A Fort-de-France, elle a présenté au public How to look at a murder. Elle invite le public à s’asseoir autour d’un tapis de jeu pour petites voitures et à jouer de petits instruments qu’elle lui confie. Elle joue, comme une enfant, avec des animaux en plastiques, des maisons de bois. Elle fait d’une bassine d’eau, une mer agitée. Elle nous conte la paisible vie des habitants de cette petite ville. Puis la guerre vient, ceux-là fuient et périssent en Méditerranée. Nous venons donc d’assister à un meurtre, impassibles, pensant nous amuser. On sort bouleversés, muets, conscients que quelques jouets et un immense talent, celui d’une magicienne de la performance, peuvent convier le monde entier et ses drames dans le bar d’un hôtel de villégiature.

Envoûtante Ayana Evans

1ère édition réussie pour le Festival International d’Art PerformanceFace à l’hôtel, c’est la plantureuse, vénus callipyge queer, Ayana Evans qui convie le public. Elle installe son tapis de gym sur la voie publique. Vêtue de sa combinaison zébrée de jaune et noir, elle pratique l’urban training, pratique qui consiste à l’utiliser le mobilier urbain, en détourner l’usage premier pour en faire des instruments de gym. Sur ses talons de 15 centimètres, elle saute, fait des pompes, court, s’élance, pratique des exercices d’équilibre d’abdos fessiers. Puis s’en va se laver, toujours vêtue de ses oripeaux dans une bassine. Elle en boira l’eau, comme les sorcières, comme dans cette expression qui dit que lorsque l’on aime une personne on peut boire l’eau de son bain. Ce soir-là, un groupe de jeunes hommes, la moquent, lui proposant leurs services (sexuels). En immense performeuse qu’elle est, elle les invective, les pousse à bout et les fait fuir. Et là, en un instant, c’est la victoire du féminisme pro-porno, sexuel, joyeux qui l’emporte sur du virilisme dominant de bas étage. C’est cet incident qui rend à la performance sa nécessité, loin des institutions, loin des attendus, loin de tout ce qui la rend muséale.

Il est à espérer de voir d’autres éditions de ce Festival International d’Art Performance tant nous espérons encore découvrir les travaux d’artistes passionnants comme Ana Monteiro, chorégraphe-interprète portugaise qui travaille de manière bouleversante à la disparition du corps du danseur. Et qui semble nous dire ô combien nos identités sont toujours au travail, cachées ou montrées, jouées ou réelles, violentes ou douces, mais qu’elles nous invitent à ressentir et penser ensemble.

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