Théâtrorama

F-X

D’une brutale virilité et d’une bouleversante pudeur, la composition de Jérome Pradon confine à la grâce absolue. Un investissement corps et âme qu’a su magnifiquement canaliser Christophe Lidon à partir d’un texte puissant et dérangeant, cru et poétique sur les liens sacrés et sacrificiels de l’existence.

F-X a quelque chose des poètes du Parnasse, même si ses références se situent plutôt dans le quattrocento. Il faut que la beauté prime, et qu’importe si elle n’est pas comprise comme telle. Il aborde la photo sous l’unique déclinaison de l’autoportrait. Ou plutôt de « l’auto-photo », le portrait n’étant pas non plus sa figure de style. Pas assez apollonien, le visage n’est qu’une partie infime, de son corps. Sans mégalomanie, il voue aux rendus photographiques de son anatomie plus qu’une adoration : un culte. Et le cérémonial qui précède, la prise de vue, relève de l’acte sacré. Artiste pur, d’une pudeur où se mêlent un amour immodéré pour sa mère (il n’a commencé à exercer cet art qu’à la mort de celle-ci par risque qu’elle le voit à poil sur des photos) et le peu de cas qu’il fait de son visage, donc de son regard, le fameux miroir de l’âme, il va se raconter.

C’est Adam qui apparaît sous nos yeux. Ou le David de Michel-Ange. Enfin, une de ces beautés touchées par la grâce divine. Il nous explique avec frénésie son amour pour la photo. Chaque détail spatial et temporel est décortiqué, étudié, millimétré. Un examen quasi clinique. C’est une gestation, dit-il. Il sera souvent question de cordons, ombilical et autres, comme un lien impérieux qui seul le relie encore aux hommes pour le meilleur et pour le pire. Dans l’espace réduit de sa chambre, le lien symbolisé par le cordon reliant sa main à l’appareil photo, afin d’éviter par « un geste net et sans bavure », l’usage du retardateur. Dans l’espace infini, universel et sans frontière, le lien que fournit l’internet pour diffuser ses images. Entre les deux, il n’y a qu’un pas.

Un texte multiple
Net et sans bavure… C’est l’impression que suggère la lecture du texte multiple de Michael Stampe. Avec une certaine radicalité qui pourra déranger, sont évoquées aussi bien l’homosexualité, aux antipodes des images communément véhiculées, que la névrose obsessionnelle et rageuse, loin pourtant de l’hystérie criarde qui transformerait la scène en gueuloir. Il y a beaucoup de cynisme dans ce texte-là et de facto beaucoup de dignité. Pas vraiment d’empathie non plus car le personnage ne cherche pas à ce qu’on s’identifie à lui. Et pourtant, le réalisme criant de certaines situations nous saisit. Frontalement. De manière presque animale. Son cul est à tout le monde, son cœur n’est à personne. Car ce cœur, brisé s’est claquemuré dans cet amour du beau.
De beauté, ce spectacle en est inondé. Outre la sculpturale plastique de Jérome Pradon, la magnificence de la mise en scène et en lumières de ce texte vont converger vers le prix d’excellence. Une chambre transformée en studio (photo, bien sûr), un escabeau où se déroulera un final apothéotique. Une épure absolue qui met en valeur le texte et son comédien. Il n’y a plus qu’à se laisser porter. Violenter aussi un peu. Mais de cette violence stylisée et verbale qui se met au service de l’indéniable poésie dont regorge ce texte que transcende ce superbe comédien. Chic et choc.

[note_box]F-X
De Michael Stampe
Mise en scène : Christophe Lidon assisté de Laurence Kevorkian
Avec Jérôme Pradon
Décor : Catherine Bluwal
Lumières : Marie-Hélène Pinon[/note_box]

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  1. un ovni theatral extraordinaire ! magnifique

    thierry andrian / Répondre

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